COLLABORATEURS, AMIS ET FAVORIS. 221
familles de second rang, venant après les Tcherkaski, Trou-betzkoï, Galitsine, Repnine, Ouroussof, Chérémétief, Saltikof,et sur un pied d’égalité avec les Kourakine, Dolgorouki, Vol-konski, Lobanof (1). Rameau cadet d’une des branches ca-dettes de la grande maison du chef normand, celle des princesde Starodoub, elle a tiré son nom, au quinzième siècle, de laterre de Romodanof, dans le gouvernement de Vladimir. Elles’est poussée depuis au premier rang par une attribution enquelque sorte héréditaire d’emploi, qui, ailleurs, ne lui eûtpas constitué un titre de gloire. Lors de la création parle tsarAlexis d’un bureau de haute police à Préobrajenskoïé, aveccachots souterrains et chambres de question, la direction en aété confiée au prince Georges (ou Iouri) Ivanovitch Romoda-novski. Son fils, après sa mort, est devenu titulaire du posteet l’a transmis encore à son héritier.
Ce fils de Georges Ivanovitch est le Prince-César que l’onconnaît déjà.
C’est en 1694, semble-t-il, et en récompense de la victoireremportée par lui sur le faux roi de Pologne figuré par Rou-tourline, que Pierre a eu l’idée de l’affubler de ce titre. Cen’était qu’une plaisanterie, mais on sait comment le plaisantet le sérieux se sont mêlés dans les fantaisies du grand homme.Il est plus difficile d’imaginer comment l’homme que paraîtêtre le prince Féodor Iouriévitch a pu se prêter, sa vie durant,à cette comédie. Il n’a rien d’un bouffon, ni l’humeur folâtre,ni la docilité. Peut-être, avec la naïveté d’un barbare, nes’est-il pas avisé de la réalité injurieuse et dégradante, si appa-rente pourtant sous la dérision de -sa majesté. Aux yeux dePierre, il a évidemment représenté une transaction suprêmeavec le régime condamné par lui. C’est pour cela que le Réfor-mateur tolère ses moustaches et son costume tatare ou polo-nais ; mais, en même temps que Pierre élève et consacre auculte du passé cette espèce d’idole, commémorative et expia-toire, il bafoue et honnit en elle et ce passé détesté et tout ce
(1) K.OTOCH 1 HINE, Mémoires , Pétersbourg, 1884, p. 25 et suiv.