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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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LHOMME.

commis ; à part cela, la dictature quil exerce est, dans un sens,plus entière que celle de Pierre, car le favori ne la limite lui-même par aucune considération dordre supérieur. A encroire, dailleurs, le résident impérial Pleyer, il en arrivait àcontremander les ordres du Tsar ; en sa présence il maltraitaitle tsarévitch, le prenait par les cheveux et le jetait à terre ;les tsarévny se prosternaient devant lui (1).

Que vaut lhomme et que fait-il pour être et avoir tout cela?

Au point de vue militaire, il ne faut lui demander ni scienceni même bravoure. « Sans expérience, savoir, ni courage » ,dit Whitworth (2). Mais il montre de lendurance dans lamauvaise fortune, de lélan dans le succès, de lénergie tou-jours. « Actif, entreprenant », dit Campredon, en ajoutant :

« Peu discret, enclin au mensonge, fera pour de largent toutce quon voudra (3). » Le bizarre mélange desprit sérieux etde puérilité, qui paraît dans la manière dêtre et de faire dePierre, saccuse également chez son alter ego en traits presqueaussi saillants. En août 1708, au passage de la Bérézina et àla veille dune rencontre que cherchent les Suédois et quilessaye déviter, je le trouve occupé dune livrée nouvelle pourdes domestiques allemands quil envoie à sa femme. Il sembleattacher à ce détail une importance énorme. Pendant quil me-sure les galons et dessine les basques, Charles XII manœuvrede façon à rendre la bataille inévitable. Lissue nen est pour-tant pas aussi désastreuse pour les troupes russes que lon auraitpu sy attendre. Elles soutiennent le choc avec une fermetéqui déjà présage les victoires futures. Le favori sest ressaisi.

Patiomkine sera plus tard de cette école.

A Poltava, vingt-quatre heures sont perdues par lui avantla poursuite, qui, succédant de plus près à la déroute desSuédois, aurait infailliblement mis Charles entre ses mainsavec les débris de larmée vaincue. Quand il arrive à rejoindreLoewenhaupt sur les bords du Dniéper, le Roi a eu le temps

(1) Oustmalof, t. IV, 2 e p., p. 613, 623, 656.

(2) Dépêche du 17 sept. 1708. Sbornik, t. L, p. 64.

(3) 3 mai 1725. Aff. étr. de France.