COLLABORATEURS, AMIS ET FAVORIS. 231
chikof donne l’ordre d’enfoncer les portes des magasins, faitmain basse sur les provisions qu’il y trouve et les envoie à Abo.On crie à l’accaparement; les sénateurs, intéressés dans lecommerce du blé, font mine de vouloir arrêter le favori. Iltient tête à Forage, et, au retour du Tsar, n’a pas de peine,cette fois, à se justifier. Son coup d’État a sauvé les troupesde Finlande.
Il avait enfin pour lui l’indignité de ses accusateurs. L’und’eux, Kourbatof, était convaincu de fraude lui-même, en 1721,et condamné au payement d’une amende.
Il se soutient ainsi jusqu’à la fin, de plus en plus menacé,mais surnageant toujours. En 1723, Catherine prenant pour lavingtième fois la défense de son protégé, Pierre l’interromptbrusquement : « Menchikof est venu au monde comme il vit;« sa mère lui a donné le jour dans le péché, et il mourra dans« la friponnerie ; s’il ne s’amende, il aura la tête coupée. » L’an-cienne tendresse a vécu. Son esprit même, qui tant de foisa forcé l’indulgence du Tsar en l’égayant, ne sert plus le favoricomme par le passé. Entrant dans le palais du fastueux par-venu, Pierre en voit les murs nus, les salons démeublés. Queveut dire cette désolation?
— J’ai dû vendre tentures et meubles pour payer les amen-des qui m’ont été imposées.
— Eh bien, rachetez ce que vous avez vendu; sinon, je dou-blerai les amendes.
Le charme est rompu. On enlève à Menchikof la présidencedu collège de la guerre; on lui reprend 15,000 âmes voléesdans les anciens domaines de Mazeppa (I). La mort de Pierrele trouve dans une demi-disgrâce. Il en sort à l’avènementde Catherine pour retrouver une situation et un pouvoir encoreagrandis, faire monter à sa fille les marches du trône, puis,à la veille de ce triomphe suprême, voir crouler sa fortune etfinir ses jours en exil avec quelques copecks par jour pour
(1) Voy. pour sa biographie Essipof, loc. cit.; Solovief, t. XVI, p. 231 etsuiv. ; Golikof, t. VI, p. 407 et suiv. ; Nsrtof, p. 47 et suiv ; Posselt, t. I,p. 545 et suiv.