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L’HOMME.
vivre. Cette seconde moitié de sa carrière sort de mon cadreactuel; j’aurai peut-être l’occasion d’y revenir.
Quoi qu’on ait pu imaginer et avancer à ce sujet, ce colla-borateur n’est pas une grande intelligence; c’est une force,qu’il serait malséant de méconnaître ou de déprécier. Miseentre les mains de Pierre au service de la plus puissantevolonté que l’histoire moderne ait connue avant Napoléon, pré-cipitée dans une poussée formidable à travers l’immense steppeinculte qu’est alors la Russie et employée à son défrichement,elle a sa valeur; elle renverse les obstacles, brise les résistan-ces ; c’est un fleuve impétueux aux eaux troubles, charriant desgermes féconds dans de la fange.
Hautain, brutal, cupide et féroce, l’homme n’était pas aima-ble ni aimé. Quand, en 1706, sa maison de Moscou brûlait,toute la ville était en allégresse (1). Pierre ne s’en émut pas. Ila eu toujours des préférences secrètes pour ceux de ses servi-teurs qui, en dehors de lui, ne pouvaient compter sur rien nisur personne.
II
J’arrive aux collaborateurs de second plan. Quelques-unsappartiennent à la vieille noblesse ; ce ne sont pas les plus inté-ressants. Appelé, après la mort de Lefort, à la direction del’Amirauté et à celle du Bureau des envoyés étrangers ( Posols-koïPrikaze) ,1e ministère des affaires étrangères de l’époque,Féodor Aléxiéiévitch Golovine n’est ni marin ni diplomate. Ilmarie son frère, Alexis, aune sœur de Menchikof; il a pourmignon Iagoujinski, dont Pierre à son tour appréciera lesqualités; il porte majestueusement le compas , signe distinctifde sa charge : c’est tout son mérite. Apraxine, qui lui succèdeen 1706 comme grand amiral, est plus sérieux déjà, mais doit
(1) Archive russe, 1875, 2 e p., p. 49 (Essipof).