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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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LHOMME*

au point de vue de lintelligence tout au moins. Tolstoï, qui enest, justifie ce propos du Tsar : « Quand on a affaire à lui, il« faut mettre une pierre dans sa poche pour lui casser les« dents avant quil soit trop tard. » Et cet autre, avec unecaresse sur le front du redoutable politicien : « 0 tête, tête, si« je ne te savais si habile, il y a longtemps que je taurais fait« couper. » Diplomate à Vienne et à Constantinople, argousinaux trousses du malheureux Alexis, Tolstoï gagne par desservices, honteux quelquefois, mais toujours mettant en lumièredes ressources remarquables, le cordon bleu, un siège au Sénatet de vastes domaines. On ne lui cassera les dents quaprès lamort de Pierre : à quatre-vingt-deux ans, entraîné dans unconflit avec Menchikof, il fera connaissance, lui aussi, avec lesamertumes de lexil et avec les rivages inhospitaliers de la merBlanche (1).

Dans les rangs de laristocratie, Boris Ivanovitch Koura-kine est, au seuil du dix-huitième siècle, la première et déjàtrès séduisante incarnation du diplomate russe grand seigneur,que lEurope a connu depuis ; rusé comme un Oriental, souplecomme un Slave, épris de littérature comme un intime delhôtel de Rambouillet et passionné pour toutes les élégancescomme un habitué de Versailles. Entré dans la famille du Tsarpar son mariage avec Xénia Lapouhine, sœur de la premièrefemme de Pierre, il sait, pendant quil en est temps, tirerparti de cette parenté et la faire oublier après. Représentantla Russie à Londres dabord, auprès de la reine Anne, puis auHanovre, auprès du futur roi dAngleterre, à Paris enfin sous laRégence et pendant les premières années du règne de Louis XV,très jeune dâge et dexpérience à ses débuts, il na pas cin-quante ans à sa mort en 1727, on le voit très embarrasséparfois de sa personne comme diplomate, mais gardant sonrang comme grand seigneur, soutenant celui de son pays etcouvrant ses maladresses par un mélange de fierté et de grâcequi ne se dément jamais.

(i) Nil Popof, Étude sur Tolstoï, Ancienne et nouvelle Russie, 1875.