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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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avoir des ponts pour la traversée des canaux multiples dont ila sillonné sa ville) arrête la voiture du Tsar. On descend ; onenvoie chercher de quoi réparer le dégât. Pierre se met lui-même à la besogne; puis, le travail achevé, sans mot dire, ilquitte ses outils, prend sa doubina et administre une maîtressevolée à son maître de police. Quand il a fini, il regagne sa voi-ture, invite Devier à y reprendre sa place — « Sadis, brat »(Prends place, frère) — et revient tranquillement à une con-versation interrompue par l’incident. D’autres coups attendentencore ce dos couturé de cicatrices; en 1727, après la mort dePierre, Menchikof y inscrira en sillons sanglants sa vengeancede beau-frère malgré lui. Au bas d’un décret vouant à l’exille maître de police disgracié, il ajoutera cette apostille : « Bitknoutome » (Faire donner le knouté) (1).

On remarquera l’aboutissement uniforme et monotone detoutes ces brillantes destinées : la culbute finale inévitable, où,au-dessus de mesquines rancunes et revanches individuelles,quelque haute vindicte historique semble s’affirmer. Pareilstous, sans foi ni loi, sans autre principe et règle de conduiteque leur ambition et leur intérêt, d’où qu’ils viennent etquelque chemin qu’ils prennent, ils arrivent au même abîme.

Ils viennent de partout. Le Bavarois Münich, qui commencesa prodigieuse carrière comme constructeur du canal deLadoga, coudoie, dans l’aventureux troupeau, le gentilhommebas breton François Guillemotte de Villebois, qui a débuté enFrance comme contrebandier. Les mémoires de ce dernier,remplis d’extravagances et de mensonges avérés (2), n’offrent,soit pour l’histoire de Pierre, soit pour la sienne propre,qu’une source de très douteuse valeur. Ayant, s’il fallait l’encroire, sauvé d’un naufrage le navire qui a conduit le Tsar deHollande en Angleterre et déterminé ainsi le souverain mos-covite, « qui aimait les gens extraordinaires «, à réclamer ses

(1) Choubisski, Esquisses historiques , p. 77; Loupakof, Monographie, fan* leJournal cle VExposition polytechnique de Moscou, 1872, n° 99.

(2) Publiés avec des omissions par la Revue rétrospective, 3 e série, t. XVIII,p. 351 et suiv. Le manuscrit est à la Bibliothèque nationale de Paris.