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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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rieurs. Très exigeants, peu accommodants, dépourvus desouplesse, les Anglais sont en minorité dans cette foule bigar-rée d’étrangers, dont Pierre prétend se servir pour inoculer àson peuple le vaccin de la culture occidentale. Le célèbrePerry, engagé comme ingénieur et bientôt découragé, n’ycoudoie que pendant quelques années son « compagnon d’in-fortune », Fergusson. On a appelé celui-ci à diriger une écolede mathématiques, et il n’arrive pas à obtenir un copeck pourses services (1). Mais à part cela, aucun mélange n’y manque.Vous y découvrirez jusqu’à un nègre.

Né vers 1696, enlevé de son pays à l’âge de sept ans etamené à Constantinople, où, en 1705, le comte Tolstoï, am-bassadeur du Tsar, en fait l’acquisition, ce naturel de la côted’Afrique, voué à une destinée singulièrement mouvementée,conservera toute sa vie dans les yeux une vision douloureuse :sa sœur bien-aimée, Lagane, se jetant à la mer et suivantlongtemps, longtemps, à la nage le vaisseau qui l’emporta. Ila reçu sur les bords du Bosphore le surnom d’ibrahim; en1707, pendant le séjour du Tsar à Vilna, on le baptise, Pierrelui servant de parrain et la reine de Pologne de marraine, et ils’appellera désormais Abraham Pétrovitch Hannibal. Il débutecomme page du souverain, fait, en cette qualité, une connais-sance intime avec la doubina, mais gagne la faveur du maître,autant par sa gentillesse que par son intelligence singulière-ment éveillée. C’est un négrillon prodige. En 1716, on décidede l’envoyer à Paris pour compléter son éducation. Il a déjàbeaucoup travaillé, et, prenant aussitôt du service dans l’ar-mée française, il s’y fait apprécier. Il gagne le grade de lieu-tenant pendant la campagne de 1720 contre les Espagnols,où il reçoit une blessure à la tête. Revenu à Paris, il sevoit entouré d’une certaine célébrité; les salons le recher-chent, et il y fait, paraît-il, des conquêtes. Mais ses goûtssérieux l’éloignent de la vie frivole; il entre à l’école desingénieurs et n’en sort, en 1726, avec le rang de capitaine,

(1) Perry, État présent de la Russie ^ p. 257 (édit, française), Amsterdam,

1718.