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L’HOMME.
Lefort, et en même temps deux figures féminines se détachentdu groupe des beautés, peu farouches sans doute les unes etles autres, dont le jeune souverain s’est trouvé entouré dansles réunions du Faubourg , et montent comme des étoiles àl’horizon du nouveau règne : deux bourgeoises, la fille de l’or-fèvre Bôtticher, puis celle du négociant en vin Mons. Des dis-sentiments d’ordre politique contribuaient aussi à rompre labonne harmonie entre les deux époux : Eudoxie tenait à unefamille de conservateurs farouches ; inclinant à faire opposi-tion au nouveau régime qui commençait déjà de s’esquisser, sesparents, les Lapouhine, tombaient en disgrâce, perdaient leurscharges, subissaient toute sorte de mauvais traitements. L’und’eux, le propre frère delaTsarine, qui osait insulter le favori,était bàtonné publiquement par le Tsar; un autre était mis àla torture, et l’on cite des détails atroces sur les supplices qu’ilaurait endurés : après l’avoir inondé d’esprit-de-vin, Pierre,affirme-t-on, l’a fait flamber en sa présence. Il est mort en pri-son , cela est certain ( 1 ). Le Tsar partant pour son premier tourd’Europe, le père d’Eudoxie et ses deux frères étaient expé-diés dans des provinces éloignées, avec des charges de gou-verneurs qui en faisaient des exilés. En voyage, Pierre cessaitd’écrire à sa femme ; et soudain, de Londres, il chargeaitdeux de ses confidents, L.-K. Narychkine et T.-N. Strechnief,d’une commission qui expliquait sou silence : Eudoxie devaitêtre engagée par eux à prendre le voile (2). C’est l’expédientusuel dans les ménages mal assortis de l’époque, et Pierresemble y avoir définitivement arrêté son esprit. Le contactqu’il a pris avec l’Occident a décidé du sort de la pauvreabandonnée. Elle appartient à un autre monde, condamné àdisparaître.
Elle n’est pourtant pas sans agréments. Peu jolie sansdoute; encore est-il assez difficile d’en juger. Nous incline-rions à tenir Catherine elle-même, sa future rivale, pour unmonstre de laideur, sur la foi des portraits, sans doute flattés,
(1) jELiàBOUJSKi, Mémoires, p. 40; Solovief, t. XIV, p. 6. Annexes.
(2) Ocstiiialof, t. III, p. 189.