LES FEMMES.
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que nous connaissons d’elle et qui faisaient apparemment surPierre une tout autre impression. Elle n’est pas une sotte.Quand elle reparaît à la cour après la mort de son terribleépoux, elle fait l’effet d’une aimable vieille, passablementinstruite des choses pouvant l’intéresser, point étrangèremême aux affaires de l’État (1). Sa correspondance avecGlébof, dont on lira plus loin quelques extraits, révèle uneâme tendre, passionnée, sachant aimer. Intellectuellement,elle ressemblait à la généralité des femmes moscovites del’époque, ayant grandi dans le térem : ignorante, simple d’es-prit et superstitieuse. Là aussi se trouvait l’écueil contrelequel devait se briser sa destinée. Évidemment elle n’étaitpas la compagne qui convînt à Pierre, capable de le com-prendre, de le suivre, de partager sa vie.
Au retour du grand voyage, arrivant à Moscou le 26 août1698, à six heures du soir, Pierre va trouver quelques amis,Gordon entre autres, puis fait une visite à la famille Mons. Ilne voit pas sa femme. Quelques jours après seulement, il con-sent à la rencontrer en lieu tiers, dans la maison du maîtrede poste Yinnius ; mais ce n’est que pour lui confirmer ladécision dont il a fait part à Narychkine et à Strechnief. Laréponse d’Eudoxie est celle qu’on peut attendre : un refuspéremptoire. Qu’a-t-elle fait pour mériter un tel arrêt? Que luireproche-t-on? En effet, il ne semble même pas qu’elle ait étésoupçonnée d’une participation quelconque aux intrigues poli-tiques, dans lesquelles la tsarevna Sophie et les autres sœursdu Tsar sont simultanément impliquées. La révolte des Streltsy,que Pierre se dispose à noyer dans une mer de sang, a éclatésans qu’elle y ait mis le plus petit bout de complicité, mêmemorale. Mais il a pris son parti. Le prétexte lui faisant défaut,il s’en passera. Il repousse avec colère une intervention dupatriarche en faveur de l’épouse légitime, et, après troissemaines de pourparlers, il tranche le nœud : une voiturecouverte à deux chevaux (la chronique insiste sur ce détail, la
(1) Lettres de lady Rondeau (Lettres d'une dame anglaise ), 1776.