Buch 
Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
Entstehung
Seite
264
JPEG-Download
 

S64

L’HOMME.

à elle d’un lyrisme exubérant, où se traduisent des senti-ments bizarres et incohérents parfois, mais toujours évidem-ment sincères, d’un style étrangement imagé, où l’Orient mêlesa palette rutilante au coloris rustique du terroir moscovite :

« Ma lumière, mon batiouchka, mon âme, ma joie ! L’heure« exécrable de la séparation aurait-elle vraiment sonné déjà ?« J’aimerais mieux voir mon âme séparée du corps ! O mah lumière, comment ferais-je pour rester sur la terre séparée« de toi? Comment ferais-je pour rester en vie? Voici Iong-ii temps que mon cœur maudit a pressenti ce moment. Voicia longtemps qu’il a pleuré tout entier. Et le moment est venu,« et je souffre, et Dieu seul sait combien tu m’es cher ! Pour-ii quoi t’aimé-je tant, mon adoré, que la vie m’est devenuea indifférente sans toi? Pourquoi, ô mon âme, as-tu eu de la» colère contre moi, oui, de la colère jusqu’à ne pas m’écrire?« Porte du moins, ô mon cœur, la bague que je t’ai donnéeil et aime-moi un peu, un peu. J’en ai fait faire une pareilleii pour moi. Mais quoi? C’est toi qui as voulu t’éloignerü de moi. Ah ! voici longtemps déjà que j’ai vu changer ton« amour : pourquoi, ô mon batko? Pourquoi ne viens-tu plus« chez moi? T’est-il arrivé quelque chose? T’a-t-on dit du« mal de moi? O mon ami, ô ma lumière, ma houbonka (de« houbit, chérir), aie pitié de moi! Pitié, ô mon seigneur, et« viens me voir demain! O mon monde entier, mon adoré,« ma lapouchka (on se rappelle ce sobriquet donné autrefois« par elle à un autre), réponds-moi. Ne me laisse pas mourir de« chagrin. Je t’ai envoyé une cravate, porte-la, ô mon âme :« tu ne portes rien de ce qui vient de moi ! Est-ce un signen que je ne te suis pas agréable ?... Mais oublier ton amour?ii je ne saurais ! Je ne saurais continuer à vivre sans toi ! »Batko demeure insensible, et elle se lamente de plus enplus douloureusement ; on croirait entendre la plainte conti-nue et monotone d’une bête blessée :

ii Qui m’a fait ce tort, à moi pauvre ? qui m’a volé monn trésor ? Qui a enlevé la lumière de devant mes yeux ? Pourn qui m’abandonnes-tu ? A qui me livres-tu? Comment n’as-tu