LES FEMMES.
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comme il ne peut être passif nulle part, d’y jouer un rôle. Il em-brasse la condamnée au pied de l’échafaud, l’exhorte à prier,la soutient dans ses bras, pendant qu’elle s’incline, défaillante;puis il s’écarte : c’est le signal. Quand elle relève la tête, lebourreau a remplacé le Tsar. Scherer ajoute des détails atroces :le Tsar reparaît quand la hache a fait son œuvre; il ramassela tête sanglante qui a roulé dans la boue et, tranquillement,commence un cours d’anatomie, indiquant aux assistants lenombre et la qualité des organes que le fer a atteints, insistantsur la section de la colonne vertébrale. Quand il a fini, ilapproche ses lèvres des lèvres blêmies qui ont eu de lui jadisd’autres baisers, laisse retomber la tête, fait le signe de lacroix et s’en va (1).
Je doute fort que Menchikof ait jugé à propos, ainsi qu’on l’aaffirmé, d’intervenir dans la mise en jugement et la condamna-tion de la malheureuse pour sauvegarder les intérêts deCatherine, sa protectrice. Cette rivale n’était guère dange-reuse. La Livonienne couronnée a eu à peu de temps de làune alerte plus sérieuse. Je lis dans une dépêche de Campre-don, du 8 juin 1722 : «La Tsarine appréhende que si laprincesse accouche d’un fils, le Tsar, à la sollicitation duprince de Yalachie, ne répudie sa femme pour épouser samaîtresse (2). »
Il s’agit de Marie Kantémir.
Allié de Pierre pendant la malheureuse campagne de 1711contre les Turcs, le prince Dimitri Kantémir avait perdu sasouveraineté au traité du Pruth. Hospitalisé à Saint-Pétersbourg,il s’y morfondait en attendant la compensation qu’on lui avaitfait espérer. Assez longtemps sa fille sembla lui en promettreune. Au moment du départ de Pierre pour la campagne de
(1) SiÉmievski, Slovo i Dielo, p. 185; Kokobanof, Étude dans l' Antiquité'russe , 1871, t. III, p. 465; Goukof, t. VI, p. 68 ; Tatichtchef, Notice sur leSoudiébnik (Code) d’Ivan Vassilévitch ; Herrmann, Peter d. Grosse und d. Tsaré-vitch Alexei, p. 207; Mordovtsef, Les femmes russes, p. 57; Scherer, t. II,p. 272. Le récit de Lubomirski [Tsar, archiduchesses, etc.) est une œuvre d’ima-gination.
(2) Affaires étrangères de France.