LES FEMMES.
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poison pour secouer un joug insupportable. La peine prévuepour ce dernier cas de criminelles représailles, si terriblequ’elle soit, ne parvient pas, semble-t-il, à en prévenir lafréquence, tant on la voit souvent figurée sur les gravures del’époque. C’est l’enterrement à mi-corps jusqu’à ce que morts’ensuive, les condamnées attendant parfois dixjours la fin deleur supplice, torturées par la faim et la soif, déjà rongéespar les vers (1).
S’il n’y a pas eu de fraude ni de déception, si l’époux de-meure satisfait, il renvoie le lendemain aux parents de l’épou-sée la chemise nuptiale. On en fait une exposition pour lesparents et les amis de la famille. Dans le peuple, le spectacleest même public, et la marieuse, la svaha, étend sous sespieds le linge hyménéen pour exécuter un pas de danse enchantant un air d’allégresse. Si la chemise ne se trouve pas,d’aventure, en l’état requis, les jeunes gens vont barbouilleravec du goudron la porte du domicile conjugal, puis entraî-nent le couple au dehors, et, après l’avoir attelé à une char-rette, le promènent à travers le village au milieu des quolibetset des injures (2).
Tout cela fait partie d’un état social dont le pope Sylvestre,confident d’Ivan le Terrible pendant les dernières années desa vie, a, sinon écrit, du moins rédigé définitivement le code;tout cela tient au Domostroï (c’est le titre de l’ouvrage), ou endérive (3); tout cela, d’origine tatare, byzantine ou indigène,porte une marque certaine et commune : la barbarie. Lafemme y paraît sacrifiée et l’homme avili. Pour se distraire deleur claustration, les dames de haut l’ang se parent commedes châsses, se peignent comme des icônes, se mettent du
(1) Voy. les illustrations du livre de Korb ; voy. aussi la relation de Weberchez Herrmajïn, Jreter d. Grosse , p. 98 (13 août 1717).
(2) Olearius, Voyage, Amsterdam, 1727, p. 236-244; Korb, p. 210 et suiv. ;Kotochihine, Mémoires, p. 167 et suiv.; Jerebtsof, Hist, de la civilis. enj Russie, Paris, 1858, t. I, p. 410; Brcnkecr, Die Frauen-Frage in Iiussland,Revue russe , t. XV, p. 106 et suiv.
(3) D’après M. Nekrassof ( Sur l’origine du Domostroï , Moscou, 1872), quel-ques parties du livre seulement peuvent être attribuées à Sylvestre. Le manuscritn’a été publié qu’en 1849 par Golohyastof.