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L’HOMME.
blanc et du rouge jusque dans les yeux, et s’enivrent. Quand,en 1630, une ambassade vient à Copenhague, négocier lemariage de la princesse Irène, fille du tsar Michel Féodoro-vitch, avec le prince de Danemark, les envoyés font valoircette particularité que la Tsarevna ne boit pas d’eau-de-vie. Adéfaut de parure, la femme du peuple a aussi la boisson. Etces épouses sont également des mères ! C’est tout cela quePierre se propose de faire disparaître. Et d’y avoir réussi auraitsuffi à sa gloire.
Avant lui, il est vrai, une brèche, qui va en s’élargissant,était faite déjà dans la tradition. Le second mariage, quelquepeu romanesque, d’Alexis indique un flux d’idées nouvelles etde sentiments nouveaux. Auprès de cet époux qu’elle a per-sonnellement conquis par sa beauté et sa grâce, Nathalie n’estplus la Tsarine d’autrefois, figée en une pose hiératique, isoléedans un pompeux ennui. Elle prend part, dans une certainemesure, à la vie extérieure de son mari ; elle l’accompagneparfois à la chasse ; elle assiste à des spectacles que des acteursétrangers, attirés par Matviéief. viennent donner dans les mursétonnés du vieux Kreml. Il lui arrive même de sortir avec leTsar en voiture découverte, et c’est presque une révolution!Sous le règne du faible et maladif successeur d’Alexis, le cou-rant émancipateur s’accentua encore. Les Tsarevny, sœursde Féodor, ne se faisaient pas faute de mettre à profit la débi-lité de son gouvernement, et le désarroi général qui en résul-tait. Enfin, Sophie arrive au pouvoir et inaugure l’ère de lagynécocratie dans ce pays d’esclavage féminin.
Pierre fera plus et mieux. Il essaye, du moins. Par ses oukasessur le mariage, il s’attaque en bas, dans le peuple, à des abusde pouvoir et des vices d’organisation domestique intolérables.Les noces, dans la conclusion des mariages, ont, jusqu’ici,suivi communément les fiançailles à l’intervalle de quelquesjours, de quelques heures parfois ; il sépare les deux actes parun délai d’au moins six semaines, pour donner aux futursépoux le temps de faire connaissance. Le remède n’est sansdoute pas d’une efficacité absolue et immédiate ; il y a quelques