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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’HOMME.

tendue et énorme : des jeunes fdles figurant dans un cortègequi traverse les rues à l’occasion d’une réjouissance publique.Elles jettent des fleurs et chantent des cantates (1).

Le Réformateur songea même à faire pour les fdles de sesboïars ce qu’il faisait pour leurs fils : les envoyer à l’étranger poury achever leur éducation. Il dut reculer devant l’oppositiondes parents, trop violente sur ce point. Du moins se préoccu-pait-il de leur assurer le bénéfice d’une instruction quelconque,prêchant d’exemple ici encore : ses filles, Anne et Élisabeth,avaient une institutrice française ; il assistait parfois à leursleçons ; il veillait à ce qu’elles prissent, elles aussi, un aireuropéen, jusque dans leurs robes et leurs coiffures copiéessur des modèles parisiens. Sa belle-sœur Prascovie critiquant cesinnovations, il appelait sa maison « l’asile des sots et des pau-vres d’esprit », et finissait par l’entraîner à sa suite. Cetteveuve du tsar Ivan est arrivée ainsi à personnifier, dans l’histoirede la femme russe, un type transitoire, produit direct de laréforme. Elle donne des maîtres français à ses filles, travailleelle-même avec un précepteur allemand, mais avec le costumerusse elle garde des instincts sauvages. Elle bat ses demoi-selles d’honneur, et, pour tirer d’un serviteur l’aveu d’unepeccadille, elle lui fait arroser la tête avec une bouteille d’eau-de-vie qu’elle a toujours dans sa voiture, y met le feu, puisfrappe le malheureux avec sa canne sur les horribles plaiesque la flamme lui a faites (2).

Pierre avait trop de chemin devant lui dans cette voie pouratteindre lui-même le but qu’il s’était sans doute proposé.Pour tout dire encore, il n’était pas précisément, avec sarudesse native et sa dépravation, le guide qu’il y aurait fallu.Il s’oubliait en route, perdait de vue le terme de sa course, etses écarts étaient ici funestes. Après avoir créé des salons eten avoir ouvert les portes aux recluses du térem, il v étalait tropfréquemment à leurs yeux des mœurs de corps de garde. Laphysionomie morale de la femme russe gardera longtemps la

(i) Golikof, t. Il, p. 512.

'2) Siémieyski, La tsarine Pi'ascovie, p. 151.