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L’HOMME.
femme sur son origine livonienne : « Aux termes du traité,je dois rendre au roi de Suède tous les prisonniers ; je ne saisce qui adviendra de toi. » Elle lui baise la main et répond :
« Je suis votre servante, faites ce que vous voudrez; je ne croispourtant pas que vous soyez disposé à me rendre. » — « Je vaistâcher, réplique-t-il, de m’entendre avec le Roi (1). » Gommedétail, l’anecdote est peut-être dans la fiction ; comme fond, elleest certainement dans la vérité de leurs relations. Catherinepourtant semble bien y avoir mis de son côté plus de maliceet un peu d’astuce féminine. On veut que, pendant un séjouren commun à Riga, elle se soit arrangée pour montrer ausouverain, sur un vieux parchemin tiré des archives de la ville,une prophétie d’après laquelle les Russes ne devaient prendrepossession du pays qu’après un événement qui a passé pourimprobable : un Tsar épousant une Livonienne. Souvent aussije la vois attirant son attention sur ce que rien ne lui a réussiavant qu’il l’ait connue. Depuis, il a marché de succès ensuccès. Elle entrait là dans la réalité historique, et le fait plusque la prophétie était de nature à faire impression sur l’espritdu rude batailleur.
Non, certes, il ne voulait pas rendre sa conquête de Marien-bourg! Elle avait mille façons de se rendre agréable, utile, in-dispensable. Comme par le passé, elle suivait, d’un œil pointjaloux, mais vigilant, les caprices amoureux du maître, atten-tive seulement à en prévenir les conséquences trop graves,intervenant au bon moment. Nartof cite l’aventure d’une blan-chisseuse originaire de Narva — une payse — auprès de la-quelle les assiduités du souverain sont devenues à un momentassez inquiétantes. Pierre fut surpris de trouver un jour cettefille dans l’appartement de l’Impératrice. Il fit mine de ne pasla connaître. D’où venait-elle? Et Catherine de répondre tran-quillement : « On m’a tant vanté sa beauté et son esprit que je mesuis décidée à la prendre à mon service, sans vous consulter. »Il ne répondit mot et chercha ailleurs de nouvelles distractions.
(1) OcSTRlALOF, t. IV, p. 132.