CATHERINE.
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ni prérogative politiques. Mais la mort de l’unique héritier dela couronne a soulevé, en 1719, la question successorale. Elleest à l’ordre du jour pendant les années suivantes. Après lapaix de Nystadt (1721) qui donne des loisirs au souverain,elle prend un instant la première place dans ses préoccupa-tions. Par ses ordres, Chafirof et Ostermann ont à ce sujetplusieurs entretiens secrets avec Campredon, auquel ils pro-posent une alliance avec la France, sur la base de la garantiede la succession du trône demandée à cette puissance. Auprofit de qui? Campredon imaginait que Pierre avait en vuesa fille aînée, à laquelle il aurait voulu faire épouser un de sessujets et de ses parents, un Narychkine par exemple. Chafirofle confirmait dans cette opinion (1). Dans le public les suppo-sitions les plus diverses circulaient à ce sujet, jusqu’au cou-ronnement. Ace moment, la nouveauté de l’événement sembla,aux yeux du plus grand nombre, trancher la question en faveurde Catherine. Campredon lui-même partagea cet avis (2).
La couronne, commandée exprès, dépasse en magnificencetoutes celles qui ont servi aux anciens Tsars. Ornée de dia-mants et de perles, avec un énorme rubis au sommet, ellepèse quatre livres, et on en évalue le prix à un million et demide roubles. Elle est l’oeuvre d’un joaillier russe de Saint-Pé-tersbourg. La robe de l’Impératrice n’a pu être confectionnéedans la nouvelle capitale. Elle vient de Paris et coûte quatremille roubles. Pierre dépose lui-même la couronne sur la têtede sa femme. Agenouillée devant l’autel, Catherine pleure etveut embrasser les genoux du Tsar. Il la relève en souriant etlui remet le globe, emblème de la souveraineté [dierjava] ; maisil garde le sceptre, insigne du pouvoir. En sortant de l’église,l’Impératrice monte dans un carrosse, de provenance pari-sienne comme la robe, tout en dorures et en peintures et sur-monté d’une couronne impériale (3).
(1) Dépêches de Campredon des 29 octobre, 17 et 21 novembre 1721. Aff. étr.de France.
(2) Dépêche du 26 mai 1724.
(3) Buschings M., t. XXII, p. 447, 463; Golikof, t. X, p 64.