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L’HOMME.
Campredon : « Quoique cette princesse dissimule son chagrin« autant qu’il lui est possible, on le voit peint sur son visage...« en sorte que tout le monde est attentif sur ce qui pourra lui« arriver (1). »
Il lui arriva ce jour même une surprise assez pénible : unoukase de la main du Tsar, adressé à tous les collèges, leurdéfendit, à raison de l’abus qui en avait été fait sans la con-naissance de la souveraine, de recevoir à l’avenir aucun ordreou recommandation de sa part. En même temps, les bureauxayant la gestion de sa fortune personnelle furent frappés d’in-terdit; on y mit les scellés, sous prétexte d’un contrôle admi-nistratif à exercer, et elle se trouva tellement gênée que pourdonner mille ducats à un dienchlchik, Vassili Pétrovitch, quiavait pour le moment l’oreille du Tsar, elle dut avoir recoursaux dames de son entourage (2).
Autre désagrément le lendemain. Le Tsar, raconte-t-on,sortit en traîneau avec sa femme, et on vit le couple impérialpasser à côté de l'échafaud où le corps de Mous était encoreexposé. La robe de l’Impératrice frôla le cadavre. Catherinene détourna pas la tête et continua à sourire. Pierre insistaalors : par ses ordres la tête du supplicié fut mise dans unbocal rempli d’esprit-de-vin et placée en évidence dans l’ap-partement de l’Impératrice. Elle s’accommoda de ce terriblevoisinage et conserva son calme. Vainement il s’emportait.D’un coup de poing, raconte-t-on encore, il brisait en sa pré-sence une superbe glace de Venise.
— Ainsi ferai-je de toi et des tiens !
Elle répliquait sans paraître émue :
— Vous venez de détruire un des ornements de votredemeure; en a-t-elle plus de charme?
Elle le domptait et le maîtrisait ainsi; mais les relationsdemeuraient extrêmement tendues. Le 19 décembre 1724,Lefort note dans sa dépêche : « L’on ne parle presque plus
(1) Pétersbourg, 9 décembre 1724. Aff. étr.
(2) Biischings M. } t. XI, p. 494. (Relation de Rabutin, envoyé de l’Em-pereur.)