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Tome II.
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CORRESPONDANCE AVEC LE CHANCELIER SEGUIER

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LETTRE DU DUC D’ÉPERNON (1)

Monsieur,

Quand le sieur de Saint-Quentin ne m’auroit point rapporte',ny le sieur The'venin escrit la part que vous avez prise et quevous prenez en nos affaires de Guyenne, je n’en aurois aucu-nement doubte', cognoissant vostre ge'ne'rosite' et la passion quevous avez pour conserver l’authorite' du Roy et le bien-estre decest Estât, et l’honneur que vous me faictes de me vouloir dubien et de m’aymer. Bien que ceste affaire soit purement du Royet de l’Estat, et que je n’y mesle et n’y prends aucun autre in-te'rest que celuy que tout bon François et serviteur du Roy, etqu’ung homme de ma condition y doibt prendre, je vous suisoblige' des ge'ne'reuses re'solutions que vous avez inspire'es, et vousen remercie de tout mon cœur, comme d’une obligation signale'eque vous avez acquise sur moy. Des ordres fermes nous estoientne'cessaires. S’ils eussent este' foibles, nous eussions eu plus dedifficulté à les faire exécuter. La sévérité les rendra plus facilesoù le contraire en eust peut-estre rendu l’exécution impossible.Les peuples commenceront à cognoistre le Roy, quand ils verrontabattre la puissance de ceux qui les soublevoient et s’élevoientcontre la puissance de Sa Majesté.

Avant-hier, suyvant mes ordres, les Jurats de Bourdeaux rom-pirent le dessein tout visible que le Parlement avoit pris demettre les armes ès mains des habitans de Bourdeaux. Le Par-lement avoit donné arrest, le jour précédent, que le peupleseroit assemblé après le disner, au son de la grande cloche,dans l’Hostel de ville, où le président Pichon debvoit présider,plusieurs Conseillers du Parlement assister, haranguer et opinercomme bourgeois, et toute leur cabale et la canaille qu’ils yavoient apposte'e s’y trouver et faire exécuter promptement,comme ils avoient faict cy-devant, la résolution qu’ils avoientprise tumultuairement. Deux Jurats s’emparèrent de la Maisonde ville pour en fermer l’entrée. Les autres allèrent parler fer-mement aux principaux du Parlement et se montrer au peuple,et le lendemain, ès Chambres assemblées, se plaignirent des

(1) Dossier n° 87, pièce 53.