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LES DESSOUS DE I.’hISTOIRE
de linge et de papiers insignifiants, afin que si on la visitait à laporte, on n’y trouvât rien de suspect, et lui enjoignit de la façonla plus expresse de ramener son bateau à l’endroit qu’il lui avaitpre'ce'demment désigne', et de l’attendre là jusqu’au moment où ilviendrait le rejoindre; puis il pria une de ces bourgeoises, surlaquelle il savait pouvoir le plus compter, d’envoyer quérir deuxdemoiselles de ses amies, en leur faisant croire qu’un gentilhommede M. d’Épernon voulait leur offrir une collation à l’autre boutdes Chartrons, et en les priant d’étre de la partie.
Pendant qu’on était allé les chercher, le Père Berthod partageases papiers en trois paquets, et en remit un à chacune de cesdames, qui les cachèrent à l’instant sous leurs jupes de taffetas,et passèrent ensuite toutes trois sans qu’on s’avisât de les fouiller,et de faire cette injure à des «personnes qui, en leur qualité debourgeoises, étaient au-dessus du commun de la ville.
Les demoiselles une fois arrivées, le Père Berthod, qui étaitméconnaissable sous l’habit séculier qu’il avait endossé, leur fitcompliment comme s’il eût voulu aller se promener avec elles,et, quand il fut dans une rue près du Chapeau-Rouge, il se plaçaentre elles deux, en prit une sous chaque bras, et passa au milieudes gardes, en chantant et en se divertissant, comme un hommequi ne songe qu’à se réjouir.
Si, sur le moment, le Père Berthod fut doublement satisfaitde se voir, avec ses papiers, hors des pattes des Ormistes, sajoie ne fut pas de longue durée, car, après avoir pris congé desa compagnie, et fait à peu près une lieue avec son hôte, quiavait voulu à toute force l’escorter, ils se trouvèrent en face detrois brigantins ennemis, dont les officiers étaient descendus àterre et avaient posté sur le chemin une sentinelle qui arrêtaittous les passants. Tout d’abord, l’hôte dit au Père Berthod qu’ilsétaient perdus, et qu’il était impossible de s’en échapper, maiscelui-ci, comprenant qu’il fallait payer d’audace, rassura sonhôte et le pria de le laisser faire. Sans perdre une minute, ils’avança, d’un air résolu, vers la sentinelle, et lui demanda deparler à son capitaine. L’officier s’étant approché, le Père le pria,en se servant du patois bordelais, de lui prêter une de ses cha-loupes et des matelots, pour traverser la rivière et se rendre à unpetit bien qu’il avait au-dessus de Lormont. Le capitaine s’excusapoliment de ne pouvoir lui rendre ce service, en lui disant qu’ilsne pouvaient, sans danger, s’approcher de Lormont, où les Ir-