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Tome II.
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PAPIERS DE LA BASTILLE

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SATYRE

LES FOUS DU TEMPS PRÉSENT

Qui doute qu’aujourd’hui l’on n’ait mille raisonsD’appeler l’univers de Petites-Maisons?

L’hôpital de nos fous est l’image du monde.

Que dans cet hôpital j’aille faire la ronde,

L’un me dit : Je suis Dieu; l’autre, avec un souris,

Me dit : Et je suis, moy, Monseigneur de. Paris,

Je suis docte, e'loquent, sçais les belles manières.

Qu’au sortir de son trou, j’aille à d’autres tanières;

Autre fou qui paroît me dit : Je suis Louvois,

Le digne serviteur du plus sage des Roys,

Je suis fidèle, actif, discret, infatigable.

Ainsy là, bien des fous, pleins d’une erreur semblable,Pensent qu’en certain point rien n’est au-dessus d’eux.

Qu’on voit dans l’univers de ces fous orgueilleux!

On y devient si vain, qu’en ce qu’on veut paroître,

A force d’y penser, on s’imagine l’être.

Moy, qui voudrois qu’on crût que tous mes vers sont beaux,Selon moy seul je suis un second Despre'aux.

Chapelain, ce rimeur fade autant que ste'rile,

Rêva, luy, qu’à sa mort il étoit un Virgile.

Quand Brébœuf eut produit son sublime gascon,

Il croyoit avoir bu toute l’eau d’He'licon.

Pour ce jeune marquis, <lont l’esprit insipideNe peut trouver un rang qu’au-dessus du stupide,

Tant de vapeurs d’orgueil le font extasier,

Qu’il nous dira bientôt : Moy, je suis Montauzier!

Eh bien ! pauvre mortel qui te croyois si sage,

Tu le vois, la sagesse est si peu ton partage,

Que le plus fou souvent est son original.

Mais on parle d’un fou qui, se croyant cheval,

Vint crier un matin : Du foin, et qu’on m’e'trille !

Cette nuit, j’ay cesse' d’être un chef de famille,

Dieu m’a fait devenir le cheval d’un courrier :

Ma femme, tu n’as plus qu’à te remarier.

Qui pourroit l’e'galer dans sa folie extrême?

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