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Tome II.
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PAPIERS DE LA BASTILLE

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Monsieur,

J’ay eu le plaisir de voir M. le marquis Cusani le même jourque j’ay reçu la lettre que Votre Excellence m’a fait l’honneur dem’écrire du i5 du passé. Je l’ay trouvé tel que vous le dépeignezet digne de votre précieuse amitié. Il pourra vous rendre témoi-gnage de mon empressement à lui marquer combien je m’estimeheureux de pouvoir servir et être utile en quelque chose à ceuxqui sont capables de mériter votre bienveillance. Je n’ay pu levoir depuis avant-hier, à cause qu’il n’y a personne assez hardi,à ce que je crois, de mettre le nez hors de sa chambre à coucher,dans le temps qu’il fait. Comment, Monsieur? L’eau, l’encregèlent dans les meilleures chambres des meilleures maisons dela ville, quelque feu qu’on y fasse : il me semble d’être dans laLaponie, où je n’ay jamais été et où, s’il plaît à Dieu, je n’irayjamais; mais je m’imagine que le froid de ce pays-là ne peutêtre tout au plus que comme celui que nous sentons. Depuis lecommencement de la lettre jusqu’ici, il a fallu quitter pour lemoins une douzaine de fois la plume pour promener la main surle feu. Jamais, de mémoire d’homme, le thermomètre n’a été sibas : voilà ce que nos savans nous disent, pauvre consolationpour les souffrans; cela sera bon à dire peut-être ou à y songerl’été prochain. La Tamise, cette belle et majestueuse rivière, estdéjà gelée ferme depuis son embouchure jusqu’à Brandfort, etdans un ou deux jours d’ici, si le temps continue, on pourraaller de Westminster à Lambeth à pied sec, sans pont ni bateau,autre curiosité dont je me passerois bien : la lingua butte dore rederne duole (?), dice il proverbia; mais passons à autre chose. NotreParlement s’est ajourné pour les fêtes et ne reprendra ses séancesque le 19 du courant : ce sera alors qu’on y proposera la vieillequestion touchant les gens qui ont des emplois ou des pensionsde la Cour : on se chamaillera, et puis la question sera précipitéepar la fenêtre, comme les autres années. Tout ce qui a rapportaux subsides ordinaires et aux dépenses extraordinaires pour laguerre est passé aux deux Chambres avec une unanimité édi-fiante; moyennant quoi, point de dispute dont on puisse s’entre-tenir ici, ni entretenir les absens. Les mécontens ont voulu laguerre, l’ont prêche'e nécessaire : ils veulent montrer qu’ilsagissent conséquemment, cela n’est-il pas joli? Je suis sûr que