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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
arrêté à la porte du ministre, sans que celui-ci consentît à l’en-tendre. Garrotté et reconduit à Vincennes, Latude fut encore jetédans un cachot. Après la mort de Louis XV, Malesherbes, étantdevenu'ministre, alla visiter les prisons d'Etat, et s’intéressa ausort de Latude. Mais comme on lui dit que ce prisonnier avaitdes moments de folie, et qu’il serait dangereux de lui donner laliberté, Malesherbes lit conduire Latude à Charenton le 27 sep-tembre 1775. L’ordre de le mettre en liberté arriva enfin le7 juin 1777. On lui enjoignait en même temps de se rendre danssa ville natale. Après quelques démarches infructueuses pourobtenir de fixer sa résidence à Paris, il venait de se mettre enchemin, lorsqu’il fut arrêté près d’Auxerre, ramené à Paris etjeté dans la prison du Châtelet, où il fut mis au secret. Troisjours après, on s’empara de ses papiers, et le i er août 1777, ilfut transféré à Bicètre et mis dans un cachot, à dix pieds sousterre. Il y passa plusieurs années. Le président de Gourgues,dans une visite à Bicêtre, eut quelque compassion pour Latude,et l’engagea à lui remettre un Mémoire détaillé de ses infortunes.
Ce Mémoire, perdu par le commissionnaire, fut trouvé parM*”* Legros, qui, après l’avoir lu, prit la courageuse résolutiond’employer tous ses efforts en faveur de ce malheureux. Elle futd'abord repoussée : on lui dit que c’était un fou, que c’était unprisonnier dont il était dangereux de s’occuper. Rien ne la re-buta. Elle s’ouvrit des intelligences à Bicêtre, parvint auprès deLatude, lui donna des secours, des habillements, quoiqu’elle fûtsans fortune. Partout elle racontait l’histoire de son protégé : elley intéressa la femme du suisse du cardinal de Rohan, parvintauprès du secrétaire de ce prince de l’Église, et enfin elle obtintl’appui du cardinal lui-même, de MM. de La Tour-du-Pin, de Saint-Priest, etc. M me Necker se joignit à elle. Le lieutenant général depolice Lenoir vint interroger Latude à Bicêtre en 1783, et luirappela encore sa prétendue folie. Enfin, Latude obtint sa libertéle 18 mars 1784. Il lui citait encore enjoint de se rendre à Mon-tagnac, où il devait toucher une pension de 400 livres. M' n ' Legrosobtint la révocation de cet ordre d’exil, et elle recueillit son pro-tégé chez elle. La même année, l’Académie française décerna unprix de vertu à cette femme courageuse. Ce fut une des premièresattributions du prix Monthyon. Une souscription fut ouverte enfaveur du prisonnier et remplie par d’illustres personnages.
Dès le lendemain de la prise de la Bastille, il réclama et obtint