LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
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nécessité y avoit-il de me faire écrire ces quatre paroles à cettefemme pour luy faire sçavoir qu’il étoit à Bergoopzoom et qu’ilse portoit fort bien, chose fort nécessaire pour la femme d’uncabaretier de sçavoir où ce guzas étoit; car on peut juger que si,par un coup de hazard, cette lettre luy avoit été rendüe, qu’elleétoit plus propre à faire jurer cette femme qu’à la réjouir, àcause des dix à douze sols de port qu’elle luy avoit coûté. Maisc’est le mot de poste restante qui frappa mes sens, car, selon legénie des esprits au-dessous du commun, cette adresse, cettemanière de pouvoir trouver une lettre dans une ville où l’on doitaller, en y arrivant, me paroit avoir été au-dessus de la sciencede cet animal, qui ne sçavoit ni A, ni B, et j’ose gager ma têteque dans le Bureau de poste aux lettres de Paris, il ne s’y trouvepas aujourd’huy une seule lettre adressée de cette manière : « A» Monsieur Oronte, à la poste restante, à Paris ». Car il n’y arien de si commun dans le monde que d’entendre dire par unepersonne à utje autre : Je vais à tel endroit, et d’abord que j’yseray arrivé, je vous enverray mon adresse. Cependant, l’on voitqu’une lettre adressée de cette manière à la poste restante peutêtre conservée pendant fort longtemps, et c’est ce que les Di-recteurs ne font pas des autres lettres : ils les jettent dans le feu.
Or, quant à moy, qui attendais d’être arrivé à Amsterdampour envoyer mon adresse à ma mère, je fus charmé de l’ex-pédient de ce guzas, que je crus m’être inspiré par la miséricordede Dieu, parce que j’avois grand besoin d’argent; et pour enavoir dix à douze jours plus tôt, sur-le-champ j’écrivis à ma mèrede m’envoyer une lettre de change et d’adresser ainsy ma lettre :A Monsieur d’Aubrespy, à la poste restante, à Amsterdam, et parla malédiction du démon, c’est là que cette lettre fut interceptée.Mais il est certain que ce malheur ne me seroit point arrivé,sans cet yvrognasse qui fut cause que je fus arrêté, parce que jen’aurois écrit à ma mère que d’Amsterdam, et je luy aurois dit,comme je fis dans la seconde que je luy envoyay, d’adresser malettre à M. Clerqüe, ou enfin, si je n’avois pas trouvé Clerqüe, jeluy aurois dit d’adresser mes lettres sous enveloppe à mon hôte,et par ce moyen je n’aurois point été arrêté.
Le i 3 d’avril 1766, j’arrivay dans Bergoopzoom, et je fuscontraint de'rester huit jours pour attendre une barque, quipartit le 18, jour de Pâques, et j’arrivay le lendemain à Rot-terdam, et, à midi, je me mis dans une autre barque, et le