PAPIERS DE LA BASTILLE
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lendemain matin, j’arrivay dans Amsterdam, qui e'toit le 20 avril.Je me mis à chercher les adresses des gens de chez moy. On medit que M. Elie Angely, négociant, e'toit diacre de l’e'glise va-lonne, et qu’il avoit chez luy un registre qui contenoit les nomset les adresses de tous les François qui e'toient e'tablis dans cetteville, et qu’il demeuroit tout auprès de l’Hôtel de ville. Je fuschez luy, et je le priay d’avoir la bonté' de me donner lesadresses des personnes de Montagnac. Il me re'pondit : « Nous» avons icy Cazelles, Lardat, Clerqiie ». Je repris : « Je connois» toutes ces personnes et elles me connoissent aussy ». Alors, ilme demanda si j’e'tois venu pour rester dans cette ville ou si jene faisois que passer. Je luy dis que j’y e'tois venu jusqu’à ceque j’eusse accommode' une affaire qui m’e'toit arrive'e en France.Il me demanda ce que c’e'toit que cette affaire, et si je ne pouvoisl’en instruire. « Vous me paraissez être un honnête homme, luy» dis-je, et je n’ay rien de cache' pour vous »; et je luy racontaytout ce qui m’e'toit arrive' et à d’Alègre aussy.
Après avoir ouï tout, il me demanda si je n’avois point deslettres de recommandation. Je luy répondis qu’ayant échappe' dela Bastille, je n’avois point osé aller voir aucun de mes amis,excepté un bijoutier de Montagnac qui demeuroit à Paris, etque c’e'toit luy qui m’avoit prêté de l’argent pour sortir hors duRoyaume de France. Alors il me dit : « Si celui-là vouloit m’é-» crire en votre faveur, non-seulement nous nous employerions» pour vous, mais même nous vous accorderions un secours» d’argent ». Je répartis : « Je suis bien certain que celuy qui» m’a prêté de l’argent vous écrira en ma faveur, mais même» qu’il vous priera très-fortement de me rendre service ». — « Hé» bien! me dit-il, voilà mon adresse : vous n’avez qu’à la luy» envoyer ». Je la pris, et en même temps je le priay de nouveaude me donner les adresses de Cazelles, de Lardat et de Clerqüe.Il me répondit : « Ces gens-là ne sont pas à leur aise ». A quoyje luy dis : « Monsieur, je ne suis pas un homme à être à charge» à personne; j’ay un peu de bien en fonds, et quand j’auray eu» le malheur de perdre ma mère, mes parens ne manqueront» point de me secourir avec mon propre bien, et je suis très-» certain qu’avant que le mois prochain soit passé, qu’ils ne» manqueront pas de m’envoyer des lettres de change qui pour-» ront m’acquitter des services qu’on m’aura rendus, et en outre,» je vous diray que j’ay plusieurs talens qui peuvent me tirer