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Tome II.
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PAPIERS DE LA BASTILLE

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» ces adresses ». A quoy il me re'pondit brutalement : « Hé! il a» bien d’autres affaires qu’à vous donner des adresses », et il meferma rudement la porte au nez. Or, voyant le refus injusted’Élie Angely et la brutalité de ce commis, et n’ayant pour touteressource que deux misérables sols, et dans une ville éloignée deplus de trois cens lieues de chez moy, il est vray que si Dieu nem’avoit retenu, je me serois jette' dans un canal la tête la pre-mière.

Enfin, ne sçachant où donner de la tête, je fus implorer lamiséricorde d’un Hollandois, avec qui j’e'tois venu de Bergoop-zoom jusqu’à Amsterdam. C’e'toit un petit aubergiste quidemeuroit dans une cave. Ce réduit étoit composé de deuxchambres : dans l’une, il y avoit trois lits; c’e'toit là où il faisoitla cuisine, et dans l’autre, un lit où il couchoit avec sa femme.Il s’appeloit Jean Terrost et avoit pour enseigne : la Ville de Gro-ningue. Il entendoit quelques mots de françois; je fus donc letrouver, et le priay de me faire le plaisir de me prendre chez luyet de me faire crédit, et que bientôt je le payeray bien. En luydisant ces paroles, les larmes qu’il vit couler de mes yeux luytouchèrent son cœur; il me prit la main, il me la serra en medisant : « Moy avoir pitié d’un chien, et encore plus avoir pitié» d’un homme. Pour vous, venez, venez toujours manger icy.» Moy connoitre que vous avez un bon cœur, mais tous mes lits» sont pris. Pour vous, cherchez à coucher, et venez manger icy. »Je mis ma main à ma poche, et je luy fis voir que je n’avoisque deux sols et que je ne sçavois où aller chercher un lit.« Pour vous, me dit-il, vouloir coucher à mes pieds et de ma» femme, moy le veux bien ». Je luy répondis : « Moy être» content de coucher sur une chaise ou sur une table ». — « Hé

» bien! moy bien vouloir que vous restiez icy., etc.» Enfin,

ce fut cet honnête homme qui eut pitié de moy ; il me fa-briqua un lit d’une espèce d’armoire, et il me donna à manger-jusqu'à ce que j’eusse trouvé M. Clerqüe, c’est-à-dire pendantplus d’un mois.

- Dans cet intervalle, c’est-à-dire vingt-trois jours après avoirécrit à- Paris, M. Elie Angely m’envoya chercher, et il me ditqu’il avoit reçeu ürte lettre du bijoutier, et en même temps, ilme fit présent de quinze florins, c’est-à-dire d'environ trente etune livres de France.

Je pris cet ârgent-là, que je rendray bien vite d’abord que je