PAPIERS DE LA BASTILLE
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raison qui m’avoit fait agir, qu’elle ne pouvoit me faire un crimeque d’avoir aspire' à vouloir les siennes, et que de tous les crimes,il n’y en avoit pas un seul qui me'ritàt si bien d’être pardonne'que celui-là; qu’au reste, j’e'tois fort jeune quand ce malheurm’arriva, et que j’avois souffert sept anne'es, et que je la supplioisde grâce de vouloir bien oublier ce trait de jeunesse, et de mepermettre de revenir tranquillement passer le reste de mes joursdans ma patrie.. etc.
Cette lettre, bien loin de de'sarmer cette magicienne, elle s’enservit pour faire de'penser plus de cinquante à soixante millelivres au Rov pour venir me faire arrêter dans Amsterdam.Toutes les personnes à qui je communiquay mes affaires dansAmsterdam, toutes m’assurèrent que les États ne me livreroientpas et que je pouvois être fort tranquille. M. Élie Angely, quiest dans les affaires d’État de cette République, puisqu’il tientchez luy les registres de tous les François qui sont dans Ams-terdam, comme j’ay déjà dit, me promit que s’il se tramoitquelque chose contre moy, qu’il le sçauroit et qu’il m’en ins-truiroit.
De plus, étant sage et discret, j’avois lieu de croire que lamarquise de Pompadour m’ayant fort maltraité, elle ne me re-fuseroit point l’accommodement que je luy avois demandé, ouenfin qu’elle me laisseroit tranquille, mais les remords et lacrainte sont l’apanage des mauvaises consciences. Dans le tempsque je cherchois à faire la paix, d’un autre côté, cette implacablemagicienne avoit envoyé Saint-Marc en Hollande pour m’y ar-rêter. Cet exempt ne sçavoit point où je logeois, mais le démonl’eut bientôt instruit, et voicy comment : Je priay un jour lefils aîné de Clerqüe d’aller à la poste pour voir si la lettre quej’attendois de ma mère, où devoit se trouver une lettre de change,n’étoit point arrivée. Son père, qui e'toit présent, me dit : « Cousin,» le facteur qui me porte mes lettres est un fort honnête homme,» je le connois : je vais le prier de retirer cette lettre ». Jerepris : « N’en faites rien, cousin, crainte de malheur : j’aime» mieux la recevoir deux ou trois heures plus tard ».
Cependant, après avoir été arrêté, Saint-Marc me dit : « Il y» a tant de jours que je sçavois que vous étiez logé chez Clerqüe.» Dans la nuit, j’ay visité le dehors de sa maison : il y a deux» issües ». Je luy demanday comment est-ce qu’il avoit pu medécouvrir? — « C’est, me dit-il, un facteur de la poste qui m’en