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Tome II.
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LES DESSOUS' DE L’HISTÔIfiE

» a instruit, et par un des amis de Clerqüe, je voulus luy faire» offrir cent louis d’or, s’il vouloit se prêter à vous livrer, mais» il me dit que c’e'toit un honnête homme, et qu’il ne vous li-» vreroit pas ».

Cependant, dans cet intervalle, la lettre que j’attendois de mamère, à la poste restante, arriva, et par la grâce du démon de lamagicienne marquise de Pompadour, elle me fut intercepte'e parle dit Saint-Marc, exempt. Or, après avoir examine' cette lettreet reconnu le banquier qui devoit me compter l’argent de lalettre de change qu’il y avoit dedans, il remit le tout à la poste,et le fils de Clerqüe, à qui j’avois recommandé d’aller tous lesjours à la poste, la retira et me l’apporta. J’en fis la lecture touthaut devant son père et un vieux François nommé Boissonnier,aveugle, mais tout aveugle qu’il étoit, il avoit de l’esprit et unebonne tête. Clerqüe parla le premier et me dit : « Marc Frais-» sinet, qui doit faire le payement de votre lettre de change, est» de chez nous, de Montpellier. C’est mon marchand de vin :» demain, je vous accompagneray chez luy ». Alors, l’aveugle pritla parole et me dit : « Monsieur, gardez-vous-en bien d’aller chez» Marc Fraissinet. Je sçais très-certainement que les exempts» qui arrêtèrent icy le chevalier de La Roche-Guérault furent» plusieurs fois chez luy ». De plus, en adressant la parole àClerqüe : « Vous sçavez, dit-il, que c’est luy qui a fait arrêter» un tel juif ».

Nota. — Cette affaire fit un bruit extraordinaire :

C’étoit un juif qui devoit une somme considérable à un Fran-çois. Celui-cv pria Marc Fraissinet de le faire arrêter. Le juif, enayant eu vent, laissa tout son argent à un autre juif, qu’il croyoitêtre son bon ami, et fut vite se mettre dans une barque. Etanten sûreté, il manda à son confrère de luy porter son argent,mais celui-cy, au lieu de luy envoyer la somme entière qu’il luyavoit confiée, ne luy en envoya pas seulement le quart. Le juif,ayant compté son argent et s’e'tant aperçeu de cette friponnerie,dans l’espérance qu’il ne seroit point arrêté, sort de la barque,rentre dans Amsterdam pour se faire rendre le reste de sonargent. Mais malheureusement, il fut arrêté et mis en prison.Ce trait fit beaucoup de tort à la réputation de la nation juifve.Mais en particulier, on sçavoit fort mauvais gré à Marc Frais-sinet de s’être chargé de faire arrêter ce juif, parce qu’un honnêtehomme ne se charge jamais de pareilles commissions, et c’est