PAPIERS DE LA BASTILLE
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précisément à cause de ce dernier trait que Boissonnier me dit :— « Gardez-vous bien d’aller chez Marc Fraissinet, mais vous» n’avez qu’à agir de la manière suivante : Allez-vous-en, vous» et votre cousin, chez M. Élie Angely : c’est un homme d’une» probité reconnue. Il est intime ami avec Marc Fraissinet. Vous» n’avez qu’à luy passer votre lettre de change en son nom, et il» ira chercher votre argent, et par ce moyen vous ne risquerez» rien. »
Nota. — Personne au monde n’auroit pas manqué de faireusage de ce bon conseil. Mais j’e'tois ensorcelé : je n’étois plusle maître de moy-méme, et cela est si vray, que le lendemain,:bien loin de me faire au moins accompagner par le cousinClerqüe, ce traître de banquier joüa très-bien son personnage :il m’amusa pendant près de demi-heure, et dans ce temps-là, safemme envoya chercher l’agent Saint-Marc, et je fus arrêté chezluy le i er ou le 2 juin 1756 et conduit dans un cachot de l’Hôtêlde ville. Environ dix à douze jours après, je fus conduit en-'France à la Bastille, et en y arrivant, on me mit dans uncachot, les fers aux pieds et aux mains, couché sur de la paillesans couverture pendant quarante mois sans relâche..
INVENTIONS ET PROJETS
Comme vous venez de le voir dans la section précédente, jefus arrêté dans Amsterdam, chez Marc Fraissinet, le I er ou le2 juin 1756. De sa maison, je fus conduit dans un cachot del’Hôtel de ville, et environ dix jours après, je fus conduit enFrance, c’est-à-dire à la Bastille, où, en arrivant, pour me dé-lasser, je fus mis dans un cachot avec les fers aux pieds et auxmains, couché sur de la paille, sans couverture, pendant quarantemois sans relâche. Les poils de ma barbe avoient i 3 pouces delongueur. Vu que les prières et les larmes, et surtout les bonnesraisons, ne faisoient pas plus d’impression sur le cœur de monimplacable magicienne qu’un crachat sur une enclume, dans cecruel état, je me mis à faire travailler mon esprit, et je fis unprojet militaire pour faire prendre à tous les ofliciers et sergensdes fusils en place des espontons et de leurs hallebardes, ét-j’envoyay ce projet au Roy le 14 d’avril 1758. Sur-le-champ, ilfut mis à exécution, et par conséquent, je renforçay les arméesdu Roy de plus de 25 ,000 bons fusiliers. Ce projet, qui non-