PAPIERS DE LA BASTILLE
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il vous faut observer que M. le comte de Saint-Florentin venoitde s’estropier par un fusil qui avoit crevc' dans ses mains, etqu’il e'toit à l’extre'mite', car tout le monde croyoit qu’à sonâge, il n’auroit pas la force de re'sister à l’amputation de sonbras.
Or, mon paquet e'toit pour fournir une occasion favorable àM. de Silhouette d’aller parler au Roy, et par ce moyen, de re-monter sur l’eau, et par ce grand retard, le de'mon renversa toutecette affaire.
En outre, je crois très-certainement que pendant les dix joursque mon bas-officier fut appointe', le de'mon prit mon paquet, etqu’il en mit un autre à sa place qui n’e'toit rempli que d’absur-dite's, ou qu’enfin, par sa puissance infernale, il changea le sensde mes e'crits.
Car si mon paquet n’avoit point e'te' ensorcele', il est plus quecertain que M. de Silhouette m’auroit tendu une main secou-rable., et que cet ami m’auroit tire' d’affaire.
Environ trois semaines après, je luy e'crivis une lettre où jeluy faisois des reproches de ce qu’il ne m’avoit point donne' lesavis que je luy avois demandés. Or, voyant que je ne recevoisaucune de ses nouvelles, j’eus recours à ma mère, qui n’est pasmoins ensorcelée que toutes les autres personnes à qui j’avois eurecours. Mais encore alors je ne pensois pas plus aux ensorcel-lemens qu’à la venue de l’Antéchrist. C’est pourquoy, le 22 d’oc-tobre suivant, je luy envoya}' un gros paquet de mes papiers, oùil y avoit de fort bonnes instructions, en luy recommandant deme secourir promptement. Ce même jour, 22 octobre, je remisun semblable paquet à mon bas-officier, en luy disant d’en tirersur-le-champ plusieurs copies, et cela fait, d’en envoyer la pre-mière à M. de Sartine, et que si, dans huit jours après, il nem’avoit pas encore rendu la liberté, d’en envoyer les autres auxpersonnes que je luy avois indiquées.
Or, devinez encore comment le démon de M. de Marigny s’yprit pour empêcher ce bas-officier de travailler pour moy. Lelendemain, oui le lendemain, par M. le comte d’Espar, suédois,il luy fit donner une grande quantité de papiers à copier. Etpour qui, s’il vous plaît? Pour présenter au Roy, et quoyque cecomte ne le payât pas assurément aussy généreusement que moy,il laissa mes papiers pour copier les siens! Vous voyez bien quetous ces points sont trop précis et trop bien marqués, pour