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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
pouvoir douter que c’est le de'mon qui traverse toutes les opé-rations de ma vie.
Néanmoins, toutes les fois que ce bas-officier venoit, je lepressois extrêmement de travailler pour moy, et toujours je luvfaisois de nouveaux présens. Enfin, le 2 de novembre, il me dit :« La première copie est presque finie ». Quatre jours après, quiétoit le 6, il me dit tout bas : « Hier au soir, j’ay envoyé votre» premier paquet à M. de Sartine par la petite poste ». Alorsje luy dis : « Quoyqu’il m’ôtera la promenade du fossé, n’ayez» point de peur Vous n'avez qu’à faire tout ce que je vous ay» dit au pied de la lettre, et soyez certain que tout ira bien ».Il me répondit qu’il le feroit. Redoublement d’attention à cetarticle. Il me dit que le* 5 de novembre 1765, il avoit envoyéune copie de mes papiers à M. de Sartine par la petite poste,et qu’il avoit donné 14 sols de port. Si cela est vray, il estincontestable que ce paquet fut enlevé par le démon du marquisde Marigny, car il est plus que certain que, dans l’espace dedix-huit jours que je restay encore à m’échapper le 23 du dit mois,M. de Sartine m’auroit ôté la promenade du fossé ou rendu maliberté, parce que dans ce paquet je luy faisois dire que si, avanthuit jours, il ne m’avoit pas délivré, on prendrait d'autres moyenspour me faire élarg’r. Or, il est évident que, dans l’espace dedix-huit jours, M. de Sartine, soit en bien, soit en mal, m’auroitfait sentir la réception de ce paquet : il étoit d’une trop grandeimportance pour luy pour ne pas en être ému.
Or, pendant l’espace de dix-sept jours, car le dix-huitième jem’échappay, qui étoit le 23 de novembre 1765, on doit bien s'ima-giner que j’étois dans des transes affreuses, parce que ce paquetdevoit décider de mon sort. Jugez de l’impatience que je devoisavoir de parler à mon bas-officier pour sçavoir au vray s’il avoitenvoyé ce paquet à i\I. de Sartine, ou s’il m’en avoit imposé.Personne n’ignore qu’il n’y a rien de si cruel que l’incertitude,et surtout quand l’événement doit décider d’un sort si horrible.Or, pour me laisser dans ce cruel tourment, je m’en vais vousfaire voir le barbare détour que le démon prit pour m’empêcherd’en être instruit, et qui plus est encore, de ne plus pouvoirparler du tout à mon bas-officier.
Pour cet effet, cet esprit infernal s’empara des sens de deuxdemoiselles, qui le prièrent de venir chez elles pour leur ap-prendre à écrire, et l’heure luy fut donnée entre deux et trois, qui