PAPIERS DE LA BASTILLE
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étoit précisément le seul moment qu’il pouvoit me parler quandil étoit de garde. Il est certain que ces deux demoiselles ne luydonnoient tout au plus que 40 sols par mois chacune, et moy jeluy donnois en présens plus d’un écu par semaine. En outre,je luy avois promis 1,000 écus avec un bon employ dans monprojet des Abondances, s’il étoit mis en exécution, comme il yavoit toute apparence.
Or, dans le temps précisément que l’affaire qui devoit déciderde mon sort et de sa fortune étoit en fonte, cet homme, s’il n’yavoit pas eu d’ensorcellement, m’auroit-il abandonné dans cemoment critique, ou auroit-il préféré 4 livres à plus de 12 fr.par mois, et en outre, sa fortune ? Il ne faut pas avoir d’esprit
pour ne pas concevoir. que le démon du marquis de Marigny
s’étoit emparé de ses sens, car sans ensorcellement, après avoirexaminé mes affaires, il m’auroit dit qu’il ne vouloit point s’enmêler; mais s’étant chargé de mon affaire, l’on voit qu’il nepouvoit pas éviter de dire à ces deux demoiselles : « Le jour que» je seray de garde, il ne m’est pas possible de venir vous donner» leçon entre deux et trois heures du soir, mais je viendray une» heure plus tôt ou plus tard, et les autres jours, je viendray à» l’heure qu’il vous plaira. »
Or, s’il avoit pris cet arrangement, il est certain qu’à saseconde garde je n’aurois pas manqué de luy dire : « Le 6, vous» m’avez dit que le 5 vous aviez envoyé un paquet de mes écrits à» M. de Sartine; il est certain que depuis cinq jours ce magistrat,» soit en mal ou en bien, m’auroit fait déjà sentir la réception
» de ce paquet. Pourquoy m’en avez-vous imposé?. » Que s’il
m’avoit prétexté qu’il le luy avoit envoyé.. alors je luy aurois
dit : « Dans six jours, vous n'avez qu’à enyoyer les autres» paquets aux personnes que je vous ay indiquées ». Si, au con-traire, il m’avoit dit que le 5 »il n’avoit pas fait partir mon paquetet qu’il ne vouloit point travailler pour moy, je n’aurois pas
manqué de luy répondre. que s’il ne vouloit pas travailler
pour moy, il auroit dû me le dire plus tôt, et que c’étoit fortmal à luy d’avoir pris mes présens et de me laisser dans lapeine.
Ce bas-officier manqua trois gardes de suite de venir meparler, pour aller donner leçon à ces deux demoiselles, et c’estce qui m’avoit enragé contre luy, et j’allois luy écrire une lettreque, malgré tous les diables, je l’aurois bien relevé du péché de