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Tome II.
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PAPIERS DE LA BASTILLE

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ma liberté m’e'toit certaine par trois côtés : i° par les promessesauthentiques de M. de Sartine; 2° parce que ma mère, venant sejetter aux pieds du Roy, m’auroit délivré infailliblement; 3 ° parceque, ainsy que je vous ay fait voir, je serois venu à bout de fairetravailler mon bas-officier ou un autre, et qu’en faisant l’envov

de mes papiers, sur-le-champ j’aurois été délivré.

Mais le démon du magicien marquis de Marigny, qui veille

sans cesse à mon entour., s’empara de mes sens, et m’arracha,

m’entraîna malgré moy, oui, oui, malgré moy, hors du donjonde Vincennes, le 2a du mois de novembre 1765, à quatre heuresprécises du soir.

EVASION ET ARRESTATION

. Cependant, quatre jours après avoir été arrêté à Fon-tainebleau et mis dans le plus affreux cachot du donjon de Vin-cennes, le Lieutenant général de police m’envoya trois exemptspour m’interroger sur ce qui s’étoit passé pendant les vingt-cinqjours que j’avois été dehors, et ces Messieurs commencèrent àm’accabler de sottises : « Morbleu, me dirent-ils, M. de Sartine» vous a fait un pont d’or. Car si vous vous étiez bien con-» duit, vous auriez aujourd’huy 3 o,ooo livres avec votre liberté.» Pourquoy donc ne luy avez-vous pas envoyé l’adresse d’un de» vos amis, que vous luy aviez promise, pour luy faire porter» les 10,000 écus que vous luy aviez demandés avec sa parole» d’honneur par écrit que tout le passé e'toit oublié? » — Je leurrépondis : « C’est parce qu’il ne m’a pas fait faire les signaux» que je luy avois demandés ». Sur-le-champ, tous les trois me

dirent à la fois : « Vous en avez menti, car f., c’est nous

» autres mêmes qui avons fait ces deux croix noires, sur deux» grandes feuilles de papier qu’on pouvoit voir d’une lieue de» loin, et nous les avons appliquées toutes les deux à la pointe» du jour, une à la porte des Thuilleries, et l'autre sur la porte» de l’écurie d’un tel, marchand de bois. La première fut enlevée» trente-neuf minutes après par un vendeur d’eau-de-vie, et» l’autre fut ôtée environ quarante-quatre minutes après avoir» été appliquée par le commis du marchand de bois, en ouvrant» la porte du grand chantier. » Comme déjà j’avois la preuve,depuis une vingtaine de jours, que j’étois ensorcelé, après avoirécouté toutes ces circonstances, je leur dis : « Mais il falloit que