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Tome II.
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PAPIERS DE LA BASTILLE

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» homme, et j’aimerois mieux mourir mille fois que de faire une» lâcheté. Allons, f.-moy le camp! »

Environ un mois après avoir sorti du cachot noir, je demandayà parler au Lieutenant du Roy. Il vint, et en entrant je luy dis :« Monsieur, je n’ignore point que la plupart des grands hommes» ne croyent point aux ensorcellemens, et qu’aujourd’huy on» prend pour des fous ou des esprits foibles toutes les personnes» qui parlent de cette manière. Cependant, malgré cela, je vous» diray que par la grâce de Dieu, j’ay découvert que la marquise» de Pompadour étoit une magicienne, et que le marquis de» Marigny, son frère, est encore aujourd’huy même en commerce» avec le démon. J’en ay des preuves incontestables auxquelles» il est impossible de pouvoir résister. C’est pourquoy je vous» prie de supplier de ma part M. de Sartine d’avoir la bonté de» m’accorder du papier pour luy écrire et luy développer tous» ces mystères diaboliques ». Il me répondit : « Je ne crois point» cela; néanmoins, je vais luy rendre compte de tout ce que» vous venez de me dire ». Quatre jours après, il me fit dire parmon porte-clefs qu’il avoit parlé au Ministre et au Lieutenantgénéral de police, et que tous les deux luy avoient très-expres-sément défendu de me donner, non-seulement une feuille depapier pour leur écrire, mais même que si, par hazard, il voustomboit entre vos mains quelque quarré de papier, ou enfin sivous leur écriviez sur des plaques d’ardoise, ou sur du linge,ou sur des tablettes de pain, de jetter tous vos écrits dans le feu,et qu’ils ne vouloient pas lire absolument un seul mot de votreécriture; de plus, qu’ils luy ont défendu de venir vous parler, età luy-méme de leur parler de vous.

Or, il est aisé de pouvoir juger que toutes ces défenses cruelleset extraordinaires m’étoient des nouvelles preuves de leur ensor-cellement. En conséquence, le i5 de mai 1766, je fis dire parmon porte-clefs au Lieutenant du Roy de prier M. de Sartine oule Ministre d’avoir la bonté de me permettre d’acheter, avec monargent, un livre d’exorcismes. Voicy la réponse du Ministre,c’est-à-dire du comte de Saint-Florentin, ou duc de La Vrillière :

« Monsieur, je vous ay défendu de me parler de ce prisonnier,» et je trouve fort extraordinaire que vous me demandiez un» livre d’exorcismes. Allez, Monsieur, allez. L’Église ' ne croit» plus aux ensorcellemens ». Mais au ton dont il luy dit ces