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Tome II.
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LES DESSOUS DE L HISTOIRE

» souhaité le moindre mal à qui que ce soit au monde? Où sont» les noms des juges qui ont entendu, qui ont prononcé ma» sentence, mon arrêt? Mais encore, si la mort expie toutes sortes» de crimes, pourquoy n’a-t-elle pas expié le mien? Et je puis» prouver incontestablement que j’ay souffert tous les douloureux

» tourmens non pas d’une mort, mais de mille. Par tout I’u-

» nivers, on met des bornes aux punitions : pourquoy n’en met-» on pas une à la mienne? Cependant, tout le monde dit que» Louis XV a un cœur paternel pour tout son peuple, qu’il est le» plus doux, le plus humain et le mieux faisant de tous les Roys

» de la terre, et que vous, Monsieur de Sartine.. sur qui il se

» repose pour rendre la justice qui est due à tous les prisonniers» qui sont dans ses secrets, vous êtes un homme d’honneur et» de probité, et que par votre douceur et votre humanité, vous» vous êtes attiré l’amour et la vénération de tout le peuple.» C’est pourquoy j’ay^ tout lieu de croire que, depuis neuf ans,» il y a très-certainement quelque chose de surnaturel qui vous

» irrite et vous anime sans cesse injustement contre moy., et

» que sans un ensorcellement évident, vous n’auriez pas manqué

» assurément de m’envoyer l’avocat que vous m’avez promis.

» Un Magistrat tel que vous ne doit point ignorer que dans» une aussy grande et si longue souffrance, un homme n’est pas» toujours maître de luy-même, et par conséquent, que si j’ay» eu le malheur de vous offenser, vous devez plutôt attribuer ces» offenses à la violence des maux dont vous m’accablez, et qui

» m’ont peut-être fait perdre quelquefois le jugement.

» Enfin, je vous conjure, par les devoirs de votre charge, par» la compassion que vous inspire l’état misérable où vous me» voyez depuis vingt-quatre années, de me tenir la parole d’hon-» neur que vous avez eu la bonté de me donner, c’est-à-dire de» m’envoyer le bon avocat que vous m’avez promis, et en recon-» noissance de cette grande grâce, je prieray Dieu de répandre» de plus en plus sa sainte bénédiction sur vous et sur toutes les» personnes qui vous sont chères. .T’ay l’honneur d’être avec un» très-profond respect,

» Monsieur,

» votre très-humble et très-obéissant serviteur,

» Henri Masers. »