Band 
Tome II.
Seite
438
JPEG-Download
 

4 38

LES DESSOUS DE L’HISTOIRE

» miséricorde! Illustre père des malheureux, ne me de'sespe'rez

» point. Ne quittez donc pas cette lettre d’entre vos mains

» sans avoir ordonné de m’envoyer une de ces quatre personnes,» et un peu matin, afin qu’elle ait le temps d’e'couter tout ce» que j’ay à luy dire, pour vous en rendre compte à vous seul.» Monsieur, plus de vingt-cinq années de souffrance parlent« pour moy à vos entrailles paternelles et de miséricorde.

» J’ay l’honneur d’être, avec un très-profond respect, Monsieur,

» Henri Masers.

» Dans le donjon de Vincennes, ce 14 mai 1774. ».

DESCRIPTION DE SON CACHOT

« Ainsy, tout le fruit que j’ay tiré de la visite de l’avocat, ça» été d’être pendant huit mois dans un caveau véritablement» infernal, car je défie d’en trouver un seul sur le globe de la» terre aussy exécrable que celui-là; car il n’y a ni meurtrière,

» ni fenêtre, ni soupirail. Il y a quatre portes, les unes sur les» autres. La première est composée de madriers qui ont plus» d’un demi-pied d’épaisseur, et doublée de plaques de fer avec» plusieurs verroux aussy gros que mes jambes. Imaginez-vous» que quand cette porte est fermée, il seroit impossible à dix» hommes avec des haches de pouvoir l’abattre, et quand ces» quatre portes sont fermées, à midi, il est impossible de pouvoir» distinguer une pièce de drap blanc d’avec celle d’un drap noir;» et comme il n’y a point de soupirail, le patient ne reçoit d’air» que celuy qui peut passer entre les interstices des engrenures» de ces quatre portes et la muraille. Alors, le manque d’air fait» gonfler les entrailles du malheureux qui est dedans, de telle» sorte qu’on diroit qu’elles veulent faire déchirer la peau du» ventre pour en sortir, et c’est ce qui cause des nausées et des» vents qui semblent qu’ils vont vous étouffer à tout instant.» Alors, un pauvre malheureux ne peut ni rester couché sur la» paille, ni se tenir debout : il est forcé de se tenir, les trois» quarts de la journée, la tête et le dos appuyés à la muraille» pour faciliter à sortir les vents qui l’étouffent. Vous le voyez» haleter comme un chien qui vient de faire une grande course.» J’en ay fait l’expérience moy-même, et je puis dire que le