85
LE DÉMEMBREMENT DE L'EMPIRE.
ment que l’on a appelé la migration des peuples. Nous nedonnerons pas cependant à notre sujet plus d’étendue quen’en comporte la géographie historique. L’ethnologie,l’histoire politique, les relations des tribus les unes avec lesautres, les migrations qui ont pu précéder l’établissementfinal de chacune d’elles, toutes ces questions appartiennentplutôt à une autre branche d’études, et nous ne devrons nousen occuper que dans la mesure où elles ont abouti à unchangement visible sur la carte de l’Europe. Nous trouve-rons dans les rapports de l’Empire avec les nations limi-trophes, et dans les rapports de ces nations entre elles, despériodes bien tranchées que nous aurons à faire ressortir,pour bien montrer de quelle façon ces nations arrivèrentà s’établir dans l’empire. Et d’abord, nous voyons que lagéographie et la nomenclature des nations germaniques autroisième siècle sont tout à fait différentes de ce qu’ellesétaient à l’époque de César et de Tacite; de nouveaux nomsont surgi, lesquels jouent tous un rôle dans l’histoire, etdont la plupart ont survécu; en outre, à part une ou deuxexceptions, les anciens noms se perdent de plus en plus.Nous laisserons donc de côté l’ethnologie et la géographiede Tacite, ainsi que les questions controversées auxquelleselles ont donné lieu, pour ne nous occuper que des nationsgermaniques dans leurs rapports avec Rome.
Nous avons vu que l’histoire de Rome dans ses provincesoccidentales était, depuis les premiers temps de l’empire,une lutte continuelle contre les nations teutoniques sur leRhin et le Danube; au delà de ces deux fleuves, les posses-sions romaines étaient de simples avant-postes destinés àmieux assurer la sécurité du territoire situé en deçà. Il yavait bien au delà tout un district défendu par un mur decirconvallation et connu sous le nom de champs clécumates;mais ce n’était guère non plus qu’un poste avancé établi surune grande échelle. Du deuxième au cinquième siècle, nousvoyons Rome faire de nouvelles conquêtes au delà de ceslimites, mais c’étaient des conquêtes strictement défensives,