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CATHERINE LE GRAND.
le frisson des anciennes heures de combat. Assistant auconseil, il prend la parole pour s élever avec violence contre leprojet mis en avant par Catherine de soutenir en Pologne lacandidature de Poniatowski — l’amant évincé par lui. En faitd’arguments, pourtant, il ne trouve que des injures grossières,et ce n’est qu’un éclair. Sur un mot de doux reproche que luiadresse Catherine, il s’arrête, retire ce qu’il a dit et accuseBestoujef de l’avoir mal conseillé.
II
Et peu à peu la tendresse de Catherine, l’intérêt passionnéqu’elle a paru si longtemps attacher à chaque parole et àchaque geste du jeune homme subissent d’inévitables atteintes.Sa pensée et son cœur vont se détachant graduellement decette nullité désespérante, dont elle finit par sentir le vide. Ils’en aperçoit; il voit qu’elle lui échappe; il a de son côté lesentiment d’un gouffre creusé devant ses pieds, et soudain unrevirement se produit en lui : il se retrouve, se ressaisit, rede-vient en une heure celui qu’il a été au jour des grandesépreuves, et, du coup, le réveil est complet. Le 2 octobre 1771,il part pour Moscou, chargé d’une mission, qui, pour tout debon cette fois, et non plus dans l’imagination complaisante deCatherine, en fait un héros et le sauveur de son pays. La peste,qui depuis deux mois sévit dans la seconde capitale de l’em-pire, y a fait éclater des désordres effroyables. Les autoritéslocales ont presque abdiqué devant l’émeute. Le gouverneur afui. Le chef du clergé a été massacré par la populace. Il s’agitde rétablir l’ordre et d’arrêter la marche terrifiante du fléau.Grégoire Orlof s’en charge, et Catherine le laisse partir.N’a-t-elle pas souci de l’envoyer à la mort? Ou la gloire qu’elleespère lui voir acquérir la rend-elle insensible à toute autreconsidération? Qui oserait le deviner? Même observé ailleurs