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L’INTIMITÉ. LE DÉCOR EXTÉRIEUR.
sions confidentielles. Mais, et c’est ici que Catherine le Grandrentre en scène avec toute la supériorité de son génie masculinet de sa mâle volonté, si abondamment qu’on la voie pourvuede confidents et de confidentes, il n’est ni homme ni femmeparmi eux, — pas de femme surtout, — qui puisse prétendreà sortir de son rôle en empiétant sur le sien. Elle se sert de sesconfidents et de ses confidentes ; on ne se sert pas de sa con-fiance. C’est ce qui paraît encore dans l’histoire de la pluscélèbre personnalité féminine de son entourage.
En 1773, faisant part à Frédéric II de la difficulté qu’iléprouve à déterminer dans les dispositions de Catherine unchangement favorable aux nouvelles vues du roi sur la Pologne,Solms écrit ce qui suit : « J’ai frappé à toutes les portes; les:< dames n’ont pu être d’aucune utilité en cette occasion. Ce« n’est pas le siècle des femmes présentement en Russie. » Enprésence d’une femme assise sur le trône de Pierre le Grand ety succédant, dans le courant du siècle, à Élisabeth, Anne (1) etCatherine première du nom, la constatation est curieuse. Auxcôtés de Catherine seconde elle-même, la princesse Dachkofn’imaginait pas cela assurément le jour où, revêtue du mêmeuniforme de grenadier, elle galopait avec son impériale amiesur la route de Saint-Pétersbourg à Peterhof, poursuivantla conquête d’une couronne. Mais les rêves qu’elle nourrissaità ce moment n’étaient qu’illusion, et le lendemain de ce beaujour donnait déjà raison à l’envoyé de Frédéric : le triomphede Catherine ne fut pas aussi celui de l’amie dévouée, et,quelques semaines après l’avènement de la nouvelle impéra-trice, la compagne des heures d’épreuve avait perdu jusqu’àses modestes prérogatives de dépositaire de la pensée impériale,qu’elle pouvait espérer garder à défaut de mieux. Son rôle étaitfini.
Il est juste de dire qu’elle s’y montra de suite absolument
(1) Un critique anglais de la Revue d'Edimbourg m’a accusé, dans un articlereproduit par la Revue britannique, d’avoir fait de la tsarine Anne morte en 1740une fille de Catherine II. J’ai dit, et ne saurais m’en dédire, que cette dernièreavait eu une fille qui s’est appelée la tsarevna Anna. Tsarevna et tsarine ne sontpas des termes identiques, pas plus que roi d’Angleterre et prince de Galles.