LA COUR DE CATHERINE.
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tion. On porte des devises distribuées par Mandini. Ma-dame Divof affiche ostensiblement celle de Sempre pazza. Laprincesse Dolgorouki se distingue par son ardeur à crier Bravo !dès que le ténor favori paraît en scène, et Fuori! dès qu’il adisparu dans les coulisses.
Il faut l’avouer d’ailleurs : l’obstacle principal à une adap-tation plus parfaite, plus délicate et plus décente des modèlesoccidentaux vient, à la cour de Catherine, de Catherine elle-même. Son esprit, son caractère, son tempérament la rendentégalement rebelle non pas seulement, comme elle l’affirmevolontiers, aux rigueurs d’une étiquette savante, mais encoreaux charmes d’un entourage élégant et cultivé, ou même sim-plement aux habitudes et aux manières delà bonne compagnie.Le comte de Ségur lui plaît sans doute, parce qu’il la flatte etque la distinction même et la recherche de son mantien et deson esprit, fleur sortie des serres chaudes de Versailles, sontun hommage dont elle sent le prix, mais Léon Narychkinel'amuse davantage et lui agrée mieux. La représentationl’ennuie, les cérémonies officielles l’excèdent, les baisemainslui sont odieux. Elle en plaisante fort agréablement parfois.
« Je finis cette lettre à Plescow, où je suis arrivée à neuf« heures du soir après avoir dîné chez une princesse saléeb comme un jambon, mais salée à la lettre, et voici commentk cette mine s’est éventée. En prenant congé d’elle, elle sont« venue me baiser la main; moi, j’ai mis ma bouche sur sa« joue, et, le grand écuyer me menant l’escalier en bas, je ne« sais comment en parlant avec lui j’ai senti mes lèvres imbi-» bées de sel; je le lui ai dit éclatant de rire; il me regarde et« me voit un doigt de blanc sur les lèvres. J’ai appris par là« que la céruse est salée. » Et quelques jours après : « Depuis« Plescow mademoiselle Engelhardt, l’aînée, a la direction de» la conservation de mes yeux; voici comment : avant de me« présenter les dames, elle arrange leurs plumes et leurs fleursk dont j’ai essuyé de terribles ruades à Plescow. » Le baron deBreteuil venant au cours d’une réception lui présenter ses com-pliments, elle l’interrompt en disant : « Avez-vous vu jamais