704
LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
pour s’oindre de la tète aux çieds ; » chez les londas, le roi Chinté, portantsur la tète un casque forme de colliers de verroterie et surmonte d’unetouffe de plumes d’oie; à son cou, à ses bras et à ses jambes, de nombreuxanneaux de cuivre et de fer, accueillit magnifiquement les étrangers, aumilieu de ses cent femmes, dont la première en dignité était coiffée d’nnbonnet rouge ; en récompense, le docteur leur montra les tableaux de salanterne magique. Après avoir traversé le village du chef Catéma et lesplaines humides et presque horizontales de la Haute-Liba, la caravanearriva à la pointe du lac Dilolo, nappe d’eau, longue de 9 à 12 kilomètres,large de 1 à 3, où se mêlent et se séparent les eaux qui s’écoulent au sudvers le Zambèze , au nord vers le Cassai ou Lokc, affluent du Congo . Despluies diluviennes tombaient sans relâche. On franchit le Cassai, qui coulelarge de 100 mètres entre des coteaux boisés hauts de 50(1 i. Lesindigènes devinrent moins hospitaliers, et chez les Chiboques, il fallut toutela patience et l'inaltérable douceur de Livingstone pour éviter un conflit.Enlin au mois de mai 1854, de la haute plaine qui domine Saint-Paul deLoanda, on aperçut l'Océan.
Livingstone séjourna à Saint-Paul pendant plus d'un mois, jusqu’à soncomplet rétablissement. Ses Zambéziens furent profondément étonnés detout ce qu’ils virent ; les navires surtout et les maisons à plusieurs étagesles stupéfiaient. Il les ramena dans leur pays, presque par le même chemin,non sans avoir encore à subir de rudes fatigues et de graves dangers. Usfirent à Litonba, à Nariélé, à Linyanti, une rentrée triomphale (1855);depuis un an, des paquets étaient arrivés pour Livingstone de la part deM. Moffat; il les trouva intacts dans une lie du Zambèze , sous une hutteélevée par les Makololos pour les abriter contre le soleil et la pluie. Ondistribua les présents apportés de la côte de Guinée ; le roi Sékélétou reçutpour sa part un brillant costume de colonel, et « le dimanche suivant, dit» Livingstone, lorsqu’il apparut à l’église en uniforme, on lui accorda plus» d’attention qu’à mon prône. Ils sont du reste si bons, si touchants à» mon égard, ajoute l’excellent missionnaire, que je ferme un peu les yeux» sur les distractions qu’ils se permettent à l’office. »
Livingstone songea alors à s’ouvrir une roule vers la côte orientale. Ungrand nombre de Makololos demandèrent à être du voyage. Sékélétou lui
1. Le docteur, malade de la fièvre, courut parfois, en traversant les rivières, lesplus sérieux dangers. 11 raconte le fait suivant, qui fait grand honneur et à lafidélité de ses compagnons zambéziens, et aux vertus du chef qui avait su en sipou de temps s’en faire des amis si parfaitement dévoués : « Au passage d’une» branche de la Loké, le bœuf sur lequel je me trouvais et d’où je voulais des-» cendre, se précipite dans l’eau et plonge si profondément que je me décide à» me mettre h la nage. Mes pauvres Zambéziens sont tellement effrayés en meb voyant lâcher ma monture, qu’une vingtaine d’entre eux, déjà parvenus surb l’autre bord, se jettent dans l’eau tous à la fois pour venir à mon secours; au■ moment où j’aborde sur la rive opposée, l’un me saisit par le bras, l’autre me» jette le sien autour du corps ; ils s’approchent tous, ils se pressent contre moi» de la manière ia plus touchante; quelques-uns ont perdu leur manteau, qui» est entraîné par le courant; ils l’oublient dans leur joie de_me retrouver sain» et sauf, et, quand ils m’ont témoigné leur affection, exprimé leur bonheur de» ce qu’il ne m’est rien arrivé, ils se replongent dans l’eau pour aller chercher» une partie de mes bagages que, dans leur effroi, ils avaient abandonnés. Corn-r bien j’éprouve de reconnaissance pour ces pauvres païens 1 » — (Explorationsdans VAfrique centrale , ch. ni.)