COTE ORIENTALE. BASSIN DU ZAMBÈZE . 703
fournit de copieuses provisions, et voulut descendre avec lui le Zambèze jusqu’aux fameuses chutes de Chougoué (endroit de l’arc-en-ciel) ou Mosi-oa-Tounya (fumée tonnante). Le roi des Makololos les visita en sa com-pagnie et lui fit ses adieux, lui laissant une escorte de 114 hommes.Livingstone donna à ces chutes le nom de Victoria; débarqué dans l’ile quiest au milieu de la cascade, il y planta une centaine de noyaux de pêcheet d’abricot et une quanlité de grains de café, chargea un indigène desoigner la plantation et de l’entourer d’une haie, et grava sur un arbre sesinitiales et la date 1833. Cinq ans après, le docteur vint revoir et étudierde plus près les chutes Victoria. Les hippopotames avaient ravagé leverger de Vile du Jardin. Voici comment le voyageur décrit cette mer-veille de l’Afrique , le spectacle le plus saisissant qu’il ait contemplé :
« Le seul aspect de ces effroyables écueils, leur voix ru-gissante, ne peut manquer de produire quelque malaise surceux qui ne les ont jamais vus. C’est seulement quand la ri-vière est très basse, comme aujourd’hui, qu’on peut se hasar-der à gagner l’île vers laquelle nous nous dirigeons. Si l’on yabordait au moment de l’inondation, en supposant que lachose fût praticable, il faudrait y rester jusqu’à ce que leseaux se fussent complètement retirées. On a vu des éléphantset des hippopotames être lancés dans l’abîme et réduits àl’état de pâte. Nous abordons sains et saufs à.l’île du Jardin quiest située au milieu du fleuve et qui s’étend j usqu’au bord dugouffre. Nous en gagnons l’extrémité, nous nous penchonsau-dessus de l’abîme d’une profondeur vertigineuse ; et le ca-ractère unique et merveilleux de la cascade apparaît à nosregards. Il n’est pas de paroles qui puissent donner l’idée d’unpareil spectacle, un peintre accompli n’y parviendrait pas,même avec une série de tableaux.
«.Les chutes de Victoria ont été formées par une dé-
chirure transversale du basalte qui constitue le lit du Zambèze .Les bords de la faille sont toujours à vive arête, si ce n’est ducôté où l’eau se précipite, et où la rampe est rongée sur l’es-pace d’un mètre. La falaise est perpendiculaire et descendjusqu’au fond de l’abîme sans présenter de saillie, sans offrirde stratification, sans paraître disloquée. Le puissant effortqui, en produisant cette fissure, a déchiré le lit du fleuve,