700 LECTURES IÎT ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,n’en a pas dérangé le niveau. Il en résulte qu’arrivé à l’ex-trémité de l’ile du Jardin, le Zambèze disparaît tout à coup,laissant voir de l’autre côté de la crevasse les arbres quis’élèvent à l’endroit où il coulait jadis, et qui croissent surle môme plan que celui où nous avons navigué.
» La crevasse dépasse de quelques mètres de largeur lefleuve, qui est ici d’un peu plus de 1650 mètres. En amont del’abîme le courant principal va directement du nord au sud;la crevasse qui le traverse se dirige à peu près de l’est àl’ouest. Nous en avons mesuré la profondeur au moyen d’uneligne à laquelle nous avions attaché quelques balles, plus unbout de calicot d’une longueur de plus de 0 m ,30. L’un denous a posé la tête sur un rocher,qui se projette au-dessus dugouffre, et a suivi du regard la descente du calicot. Quatre-vingt-treize mètres de corde avaient été fournis par celui qui ,tenait la ligne, quand les balles rencontrèrent un plan inclinede la falaise, et s’y arrêtèrent ; elles avaient encore, selontoute probabilité, 45 mètres à descendre pour gagner lasurface de l’eau. Le morceau de cotonnade blanche ne pa-raissait plus que de la dimension d’une pièce de cinq francs.Mesurée de l’île du Jardin, au moyen du sextant, la cre-vasse nous a présenté une ouverture de 73 mètres ; c’est là sonminimum : ailleurs elle a quelques mètres de plus. Dans celtefaille, deux fois plus profonde que la cascade du Niagara n’ade hauteur, se précipite, avec un fracas étourdissant, une ri-vière de plus de 1600 mètres de large : voilà ce qu’on appellela Fumée Tonnante, ou les chutes de Victoria.
» Toujours placé dans l’île du Jardin, si vous regardez nufond de l’abîme, vous voyez la nappe d’eau qui tombe à votredroite, c’est-à-dire au couchant, nappe d’eaü d’une largeur de800 mètres, recueillie par un canal ayant tout au plus uneouverture de 18 à 27 mètres, où elle fuit exactement à angledroit de son cours primitif. Elle se dirige donc au levant,tandis que la portion orientale du fleuve tombe dans cememe gouffre, et se'précipite au couchant. Ces deux massestumultueuses se réunissent à moitié chemin dans un tourbilloneffroyable, et s’échappent en bouillonnant par une crevasse,-