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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
» moneta, par kilogramme d’ivoire; les caravanes qui partaient» de ce point, en quête d’ivoire, achetaient une dent d’éléphant,» quel que fût son poids, pour un vieux couteau, un bracelet de» cuivre ou pour tout autre objet inutile qui pouvait séduire les» indigènes. La tache honteuse de ce beau pays, c’est que la» traite des esclaves y persiste, qu’elle est même la base d’af-» faires considérables, activée par la nécessité de combler les» vides des pays dépeuplés par l’ancien commerce des esclaves
» sur la côte. Le seul moyen de la faire disparaître, c’est
» d’ouvrir l’Afrique à un commerce régulier, et, dans ce but, le» mieux serait d’utiliser le magnifique réseau des fleuves et des» rivières de l’intérieur'. »
1. Werney-Lowelt Camercn, Proceedings of the Royal geographical Society ,t. XX, n° 4, trad. de MM. Maunoir et Duveyrier ; Année géographique , 1876, p. 275.
Jusqu’à ce jour, aucun voyageur français n’a encore accompli la traverséede l'Afrique entre les deux Océans. Nous nous empressons d’ajouter que plu-sieurs tentatives ont été faites : un jeune officier de notre marine nationale,M. Giraud, a exploré de 1882 à 1SS4, la région du Tac Bangouélo, de laLoua-poula, et du Haut-Zambèze. Deux mois captif chez les indigènes, il a réussiàs’évader, mais n’a pu continuer son voyage, malgré les secours empressés qu’iltrouva dans les stations de l’Association internationale (v. p. 775). Au prix de fa-tigues inouïes et de périls continuels, le voyageur regagna Quilimane par le lacNvassa et le Chiré, et rentra en France en lévrier 1885. Il avait du moins puétudier une région à peine entrevue, fait l’hydrographie des lacs Moero et Ban-gouélo, et exploré la région des sources du Congo . Cette longue et dangereusecampagne a été entreprise par M. Giraud à ses frais, sans secours de l'État oud’une société savante.
L 1 * * * * * * * 9 abl>é Dehaize. — En 1878, le Parlement vota une somme de100000 francs pour un voyage d’exploration géographique et scientifique à traversl’Afrique centrale . La mission fut confiée à l’abbé Michel-Alexandre Deba1ze 9né à Clazais (Deux-Sèvres ) en 1845, que recommandaient la vigueur de sontempérament, de longues et sérieuses études, son ardeur passionnée pour lesdécouvertes, et un enthousiasme et une fougue qui avaient surtout besoin d’ètrecontenus. Debaize manquait un peu de ce calme, de ce sang-froid, de cette pru-dence qui sont les qualités maîtresses de tout explorateur, et qui sont indispen-sables en Afrique . Il quitta Marseille le 21 avril, plein de confiance et d’entrain.A Aden, il faillit mourir d’une insolation. A Zanzibar il organisa sa caravane
avec un soin extrême, une intelligence parfaite, et une merveilleuse promptitude.Le 17 octobre, il était à Kouihara, près de Taborah, dans l’Ounyamouézi. Là com-mencèrent les désertions, les déboires, les dangers; dans ses lettres, Debaize
cachait autant qu'il le pouvait toutes les mauvaises nouvelles. Au mois de mai
1879, il arrivait à Oujiji. d’où il se préparait à faire une excursion vers le nord, etd’où il datait ses dernières lettres. Le 29 janvier 1SS0, M. Hore, agent de laSociété dec missions anglaises d'Oujiji , annonçait au consul de France à Zanzibarla mort de l’abbé Debaize. Il avait succombé le 14 décembre 1879, à Oujiji , àune insolation, compliquée de fièvre et de dysenterie. Tel était le dénouementprématuré d’une entreprise abordée avec tant de résolution, conduite avec tantd’énergie par cet homme de coeur qui ne savait pas maîtriser ses emportements.
Le ministre de l’instruction publique mit à la disposition du Comité français del’Association internationale africaine, toutes les armes et instruments de l’abbe
Debaize. On les confia au capitaine Bloyet, nommé chef de la station française de
Co:i:loa, clans l’Onsagara.