«26
LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
6e la France à Madagascar . L'ile Bourbon reçut de nouveau, comme en1634 et en 1665, les Français échappés du Fort-Dauphin .
La Grande-Terre devint alors le rendez-vous et la proie des négriers,forbans et pirates de toutes les nations; mais le gouvernement français , enaucun moment, ne renonça à ses droits. Des arrêts du Conseil de juin 16S6,mai 1719, juillet 1720, juin 1721, rappelèrent formellement que l’ile deMadagascar était une possession française, et au temps de la Régence, laCompagnie des Indes acquit le privilège exclusif du commerce dans cepays 1 .
Troisième établissement des Français (1773-1786). — Jusqu’en1774, l’ile ne fut abordée que par des explorateurs pacifiques et isolés;en 1702, des Anglais y furent .jetés par la tempête, et l’un d’eux, RobertRrury, à son retour, a raconté les romanesques aventures de ses quinzeannées de captivité. Les ingénieurs français Robert et de Cossigny (1733),y firent des observations, Mahé de la Bourdonnais y répara et ravitailla sesnavires; en 1750, Beti, fille du roi de Foulepointe, lit don à la Compagniefrançaise des Indes de l’ile Sainte-Marie; mais les brutalités de l'agentcolonial, le sieur Gosse , amenèrent le massacre des Français et l’abandon del’ile (1761). Le comte de Maudave, officier de marine,'entreprit, en 1768,de relever le Fort-Dauphiil ; en 1769, le gouverneur de l'ile de France ,l’illustre Poivre , fit explorer la côte de Madagascar par le chevalierGrenier et l’astronome Rochon. L’année suivante, le naturaliste Commersonétudia les environs du Fort-Dauphin ; c’est de là qu’il écrivait à son ami, l’as-tronome Lalande (1771) : « Quel admirable pays que Madagascar ! c’est>> à Madagascar que je puis annoncer aux naturalistes qu’est la terre de» promission pour eux. C'est là que la nature semble s'être retirée comme» dans un sanctuaire particulier pour y travailler sur d’autres modèles» que sur ceux où elle s’est asservie ailleurs ; les formes les plus inso-» lites, les plus merveilleuses, s’y rencontrent à chaque pas. » En 1774,un autre naturaliste, Sommât , décrit le premier le fameux arbre du voya-geur, le ravenala, une des merveilles de l’ile, rapporte Vaye-aye, un desplus singuliers mammifères du globe, et signale trois races d’hommedistinctes dans le pays ; la première, très noire, avec des cheveux courtset crépus ; la deuxième, au teint basané, avec les cheveux longs et plats,et semblable aux Malais; la troisième, descendant des Arabes.
En 1773, le gouvernement de Louis XV confia à un étranger la mission,que tant d’autres officiers généraux français auraient remplie plus hono-rablement, d’aller relever à Madagascar lé drapeau de la France . Le choixdu roi tomba sur le comte hongrois Maurice Benyowski, dont nousn’avons pas ici à raconter les étranges prouesses. Tour à tour combattantdans les armées autrichiennes, exilé en Pologne , défenseur de Cracovie contreles Russes , interné à Kazan , déporté par Catherine II au Kamtchatka , puisfugitif au Japon , à Formose , à Macao , conduit par le hasard à l’ile deFrance , au Fort-Dauphin , puis à Lorient , et devenu à Paris , grâce à l’attraitde ses incroyables aventures, l’idole d’une société frivole, ce licros de roman
1. Une curieuse carte manuscrite de Grossin (1731) conservée à la Bibliothèquenationale et publiée par M. Gabriel Marcel dans la Revue de géographie (no-vembre 1883), et dans la Revue scientifique (7 avril 1883) indique Tétendue duterritoire soumis à notre influence pendant les trente années que nous avionspassées à Madagascar . La carte est accompagnée d’un intéressant mémoire éga-lement inédit.