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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
La perte de l'ile Maurice obligeait la France à occuper à l’est du Capun point de relâche où, en temps de guerre, nos vaisseaux pourraienttrouver un abri et se ravitailler. En 1817, le vicomte Dubonchuge, ministrede la marine, chargea le conseiller d’Etat Forestier, de chercher, à l'aidedes documents conservés dans les archives, le parti que l’on pouvait tirerde Madagascar . Le rapport proposa la création d'une colonie sur la côteorientale; mais les dépenses prevues firent ajourner l’entreprise. Toutefoisune commission, sous les ordres de Sylvain Roux, reprit possession dés1818 de Sainte-Marie et de Tintingue, en présence des principaux habi-tants du pays réunis en kabar ou assemblée générale. Le roi de Tamatave ,Jean Réné, mulâtre d’origine française, et le roi de Tintingue, Tsifanin,avaient fait le meilleur accueil aux explorateurs, et confièrent, l’un sonneveu, l’autre son petit-fils au capitaine de Mackau, pour être élevés dansun des collèges de Paris . Après une nouvelle exploration scientifique deMM. Schneider et Albrand, qui proposèrent le rétablissement de Fort- Dauphin , le commandement d une expédition fut confiée à Sylvain Roux(1821).
Les plans de sir Robert Farquhar. — Pendant ce temps, l’in-fluence anglaise s’étendait dans l’ile. Sir Robert Farquhar ayant vu rejeterses interprétations diplomatiques, « inventa un système plus ou moins» nouveau qui consistait à considérer l’ile de Madagascar comme un pays» indépendant, voulant vivre de la vie des peuples libres. Dans ce but, il» considérait que l'Angleterre était parfaitement autorisée à contracter des» alliances avec les différentes tribus de l’ile, particulièrement avec les» Hovas, et à leur fournir, au besoin, des instructeurs, des officiers, des» armes, pour résister à leurs ennemis. 11 va sans dire que ces ennemis,» c’était nous. » (D’Escamps, p. 76.) Un changement politique profond avaiten lieu récemment dans l’ile et devait favoriser les visées anglaises. Onrencontre dans Madagascar trois races principales : les Cafres, les Arabes ,et les llovus; ces derniers, d'origine malaise, arrivés dans l’ile, il y aenviron six siècles, se distinguent des Malgaches par la nuance jaune de lapeau, leurs cheveux lisses, leur esprit d’ordre et de discipline, leur carac-tère rusé et sournois, et en général par leur intelligence et leur vigueurcorporelle. Au commencement du dix-neuvième siècle, les Ilovas, autrefoisrelégués dans l’intérieur et inconnus à nos anciens colons de Fort-Dauphin ,avaient soumis progressivement le nord, l'est et le sud-est de l’ile; lesud-ouest seul, qu’habitent les Sakalaves , grâce à l’insalubrité de sonclimat, avait«échappé à ces envahisseurs.
Le roi Radama I er (1810-1S28). — Le roi des Hovas était, depuis1810, le fils du grand chef de Tananarive , Dianampoiiine, l’ambitieux etfourbe Radama . Farquhar résolut de gagner ses bonnes grâces en éveil-lant en lui la soif des conquêtes, en le poussant à l’occupation de l’ileentière, en le reconnaissant pour roi de Madagascar . « Pour mieux masquer» son projet, écrit M. Albrand, il le rattacha habilement à une œuvre» éminemment philanthropique, l’abolition de la traite des nègres, devant» laquelle la question politique s’effaçait aux yeux des personnes peu» versées dans les affaires de ces contrées lointaines. » En 1816, le gouver-neur de Maurice envoya à Tananarive , capitale des Hovas, son aide decamp Lesage, porteur de riches présents. Il n’arriva au but de son voyagequ’au milieu de difficultés énormes, à travers un pays sans routes, seméde fondrières, de torrents débordés, de terrains détrempés. L’excellentaccueil fait à cette première ambassade encouragea Farquhar à en envoyerune seconde. Celle-ci était sous les ordres de James Ilastie, sergent anglais