Il y a bien quelques familles qui sont criblées de dettes par suite dedécès, de maladies, de la fuite de personnes qui s'étaient jointes à elles, oude quelques mauvaises récoltes successives, du bas prix du café, etc., etqui, malgré tous les efforts qu’elles font pour arriver à l'extinctionde leur dette, ne peuvent y parvenir, mais on ne peut pas plus queles autres les appeler esclaves. Quand le pauvre fermier irlandais nepeut payer ses dettes, on lui saisit jusqu'au dernier lambeau deses vêtements, on le précipite dans la misère, on l’expose en proie àta faim et à la froidure. Au Brésil , au contraire, le colon fortementobéré conserve encore toujours son logement, sa nourriture, ses vê-tements, et il n'a que son travail personnel pour balancer ses dettes.Je crois que même dans de telles circonstances le pauvre colon duBrésil est encore infiniment mieux que dans son pays, où, au milieudes plus durs travaux, il ne gagne qu'à peine son pain quotidien, àpeine de quoi avoir un peu de bois pour se garantir du froid durantl'hiver. .
Aux Etats-Unis on vous débarque les émigrants sur le quai dequelque port où ils restent abandonnés à eux-mêmes. Les horriblesmystères qui s'y passent sont pour la plupart couverts d'un voileépais; personne ne dit mot des milliers de victimes qui succombentà la faim et à la misère. Ils sont dans un pays dont le principe do-minant est: „Aide-toi toi-même et Dieu t’aidera !“ Aucune réclama-tion ne nous parvient de ces contrées, parce que chacun sait qu'au-cun Gouvernement ne lui paiera ses dettes. Mais au Brésil , où mal-heureusement l’esclavage n’est point encore aboli, les colons qui, pardes engagements trop légèrement contractés, se trouvent quelquefoisleurrés, se sont emparés du mot ^esclavage* et l’ont fait ralentirmille fois sur tous les tons dans la mêre-patrie où il a trouvé unécho favorable. Si les mêmes individus se trouvaient, munis des mêmescontrats et dans des circonstances absolument identiques, à Port- Natal , à la Nouvelle-Hollande ou en Californie , il est certain qu’il neviendrait à l’idée de par un d’eux de dire qu’il gémit dans l'esclavage.
On dit: „Les colons sont vendus comme des esclaves.“ Le § 10du contrat porte: „La compagnie Vergueiro peut céder et transporterce contrat avec toutes les obligations y contenues à tout autre pro-priétaire quelconque, supposé que le colon n’ait aucun juste motif, niaucune raison fondée de ne pas entrer à son service. u
La maison Vergueiro a fait une affaire industrielle de transporterdes colons dans la province de Sao Paulo . Les colons savaient avantde signer le contrat que la maison Vergueiro avait le droit de lescéder à d’autres propriétaires. Us n’ont donc aucun droit de s’enplaindre, et cela d'autant moins que dans la majeure partie desautres colonies , les colons se trouvent dans un état beaucoup plusprospère que dans celle dite Fazenda Ibicaba de la maison Vergueiroet Comp.