DES PLACES FORTES.
des dards. Marchaient ensuite les dö-putes carthaginois, accompagnes dece que le Senat avait de plus respec-tables vieillards, et la religion de plusvenerables pretres, pour tacher d’ex-citer la compassion. <t Je loue votre» promptitude , leur dit Censorinus ,»l’un des consuls. Le Senat vous»ordonne encore de sortir de Car-»thage qu’il veut detruire, et de trans-» porter votre demeure oü il vous plai-» ra, pourvu que ce soit ä quatre lieues» de la mer .» Ce fut un coup de foudrepour les deputes. En vain se livrerent-ils aux plus grandstransports dela dou-leur; en vain essayerent-ils d’attendrirles Romains: il fallut partir, et porterä Carthage cette reponsc desesperante.Un cri general apprit au peuple quelötait son sort; et aussitöt le desespoir,la rage, la fureur s’emparerent de tousles coeurs. On se determina tout d’uncoup ä defendre la patrie. Asdrubal eutle commandement des troupes. On sehäta de fabriquer des armes. Les teni-ples, les palais, les places publiques de-vinrent aulant d’ateliers. Hommes etfemmes y travaillaient jour et nuit.Chaque jour on faisait cent quaranteboucliers, trois Cents öpees, cinq cenlspiques ou javelots, mille traits et ungrand nombre de machines pour leslancer. On manquait de matieres pourfaire des cordes : les femmes, exciteespar un beau zele, couperent leurs che-veux. Les consuls actuels et leurs suc-cesseurs ne ürent rien de considerable;ils se contenterent d’assieger faible-ment la rivale de l’empire, et plusieursfois möme ils essuyerent de grandespertes. Ce ne fut que la troisieme an-nee de la guerre, que Scipion, sur-nomme depuis le second Africain , etpetit-fils adoplif du grand Scipion,ayant etc declare consul, eut la gioirede renverser Carthage.
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Cette superbe ville contenait alorssept cent mille habitans. Elle etait si-tuee dans le fond d’un golfe, environ-nee de la mer, en forme d’une pres-qu’ile, dont l’isthme,qui la joignaitaucontinent, etait large d’une lieue et unquart. La presqu’ile avait dix-huitlieues de Circuit. I)u cöte du continent,outre la citadelle appelee Byrsa, la villeetait closc d'une triplc muraille hautede trente coudees, sans les paräpets etles tours qui la flanquaient, ä egalesdistances, et qui etaient separees l’unede l’autre de quatre-vingts toises. Il yavait deux ports du cöte du cou-chant. Le premier etait pour les mar-chands, l’autre, pour les vaisseaux deguerre; ainsi, l’on peut distinguer troisparties dans Carthage: le port qui etaitdouble , appele quelquefois Cothou , acause d’une petite ile de ce nom quietait vis-a-vis; la citadelle Byrsa, et laville proprement dite, qui environ-nait la citadelle, et etait nommee Mi-gara.
Scipion, apres avoir retabli la disci-pline militaire entierement ruinee,songea ä pousser le siege avec vigueur.Ayant fait prendre a ses troupes deshaches, des leviers et des echelles, illes conduisit, de nuit, en grand si-Ience, vers Megara, qu’il attaqua vive-merit, en jetant de grands cris. Lesennemis furent effrayes de cet assautnocturne et soudain. Nöanmoins, ils sedefendirent avec courage, et les Ro-mains ne purent escalader les muraii-les. Scipion apergut une tour qu’onavait abandonnee: il y envoya un bonnombre de soldats hardis et determines,qui, parle moyen desponlons, passe-rentde la tour sur les murs, sejeterentdans Megara et en brisärent les portes.Le general y entra dans le moment,chassa de ce poste les ennemis qui,troubles par cette nouvelle attaque aussi