DES PI.ACES FOKXES.
583
pendant toute sa premiere Campagne.II vint ensuite prüs de Numance , poury prendre ses quartiers d’hiver. Enj vain Ics assieges presentörent la ba-| taille, le general romain ne l’accepta< jamais. Une seule fois, il en vint auxmains avec eux, parce que ses fourra-geurs etaient en danger. II forga lesNumantins de prendre la fuite; maisil ne les poursuivit pas, content d’ütreparvenu ä faire voir ä ses soldats, cequi paraissait presque un prodige, ces, fiers Espagnols fuyant devant eux.Pour öter aux assieges toute esperanceet toute ressource, il lit conduire uneligne de contrevallation autour de laville. Numance etaifc situüe sur unecolline, et avait prüs d’une lieue deCircuit; la contrevallation en eut le| double. Ensuite on creusa un large fos-s6, qui fut revütu de pieux, et l’onconstriiisit un mur qui ävait huit piedsd'epaisseur et dix de hauteur, sanscompter les creneaux. Le fleuve Du-rius passait le long des murs, et servaitä faire entrer des vivres et des troupesdans la place. Pour le fermer, ScipionMlit sur les deux rives deux forls, d’oüil feta sur toute la largeur du fleuve delongues et Portes poutres attachees, desdeux cötes, ä de gros cäbles. Ces pou-tres etaient armees degrandes pointesde fer, qui, ütantperpetuellement agi—tees par le mouvement des eaux, fer-maient le passage aux nageurs et auxplongeurs, et a ceux qui auraient vouluparaitre dans les barques. Pour 6treinforme de tout, il ütablit, sur toutel’etendue des relranchemens, des sol-dats assez pres les uns des autres, quijou r et nuit, devaient donner avis, clia-cun ä son voisin, de tout ce qui sepassait et de tout ce qu’il apprenait.L’armee romaine montait ä soixantemille hommes: la moitiü etait destineeä garde; les murs . vingt mille ä com-
battre, quand il enseraitbesoin, et dixmille ä relever ceux-ci et a les soute-nir. Chacun. avait sa place et son devoirmarques, et les ordres qu’on recevaitetaient executes sur-le-champ. Il n’e-tait pas possible qu’un siege si bienconduit ne couvrit de gloire celui quien etait l’äme. Vainement les Numan-tins formaient-ils des attaques, ils ren-contraient partout une main prete ärepousser leurs inuliles efforts. Deses-peres, ils se renfermaient dans leurville, pour y devorer un reste de pro-visions que, jusqu’ä ce jour, la famineavait epargnees. Quclque opiniälrequefüt leur courage, quelque excessiveque füt leur fierte, les maux qu’ilsüprouvaieut les contraignirent de de-mander la paix. Abarus, chef de l’am-bassade, dit ä Scipion que toute lagräce qu’il le suppliai t de leur accorder,ütait de les traiter humainement, oude leur perniettre de perir dans uncombat, les armes ä la main. Le gene-ral romain leur repondit qu’ils n’a-vaient qu’ä s’abandonner ä la discre-tion des Romains, et livrer toutes leursarmes. Cette condition mit lesassiegüsen fureur ; ils massacrerent leurs de-putes, et recommencerent leurs sor-ties, toujours sans succes. La faminedevint si grande, qu’on se nourrissaitde chair humaine. Yaincus enfin par ceterrible fleau, ils se rendirent a Sci-pion. Plusieurs ne voulurent pointsurvivre ä leur patrie, et se donnerentla mort. La ville fut renversüe de fonden comble; tous les citoyens furentvendus, cinquante seulement furentreserves pour le triomphe du vain-queur. Tout le crime des Numantinsavait ete de ne point flechir sous ladomination d’une republique ambi-tieuse, qui prelendait donner des lois jä l'univers. C’est faire Möge de cetteville belliqueuse, que de dire que,