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Tome cinqième.
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DE LA DEFENSE

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» sauver, que je veux fitre le premier.»A peine eut-il cesse de parier, qu’il re-Cut le prix le plus pur de la reconnais-sance de ses concitoyens. « Chacun» l’alloit adorer de pitie. » Ils se pros-ternörent ä ses pieds,en Ies arrosant delarmes. Quel empire la vertu n’exerce-t-elle pas sur les cceurs! Jean d’Aire,imitant le courage de son cousin, vou-Iut partager l'honneur de mourir pourla patrie, et vint se ranger ä ses cötes.Jacques et Pierre Wisant, freres, etparens de ces gönöreux martyrs, brü-lant du möme zele, se devouerentaveceux. Enfin deux autres citoyens, dontl’histoire n’a pas conscrvö les noms,ces noms sacres qu’on aurait du graveren caracteres ineffapables, acheverentle nombre des six victimes. Le gouver-neur, qui courbd sous le poids des an-nöes et des maladies, pouvait ä peinese soutenir, monta ä cheval et les con-duisit jusqu’ä la porte de la ville. La,il les remit entre les mains de Mauni,en le priant d’interceder pour eux au-pres de son roi. Ils parurent devantEdouard, et lui presenterent humble-ment les clefs de Calais . Leur magna-nimite inspira de l’admiration et de lapitie aux seigneurs anglais qui envi-ronnaient le roi. Ce prince resta seulinflexible, il jetasur eux un regard se-vere, et commanda qu’on les conduisitau supplice. En vain le prince de Gallesse jeta plusieurs fois ä ses pieds, et s’ef-forpa plusieurs fois de le flechir : il futinexorable. « Soit fait venir le coupe-» töte, repeta-t-il d’un ton terrible.»Ces illustres infortunes allaient perdrela vie. Edouard allait fletrir ses Iau-riers par une indigne vengeance, si lareine son epouse, heroine gencreuse,n’eüt fait un dernier effort pour calmerson aveugle colere. Elle embrassa sesgenoül, et le conjura, les larmes auxyeux, de ne pas souiller savictoire. Le

monarque baissa les yeux. «Ah! Ma-» dame, s’ecria-t-il apres un moment» de silence, j’aimasse mieux que vous» fussiez autre part qu’icy. Vous rrn» priez si acortes, que je ne puis vous» öconduire: si les vous donne ä votre» plaisir.» Aussitötla magnanime prin-cesse les emmena dans son apparte-ment, leur fit apporter ä diner, les fithabiller, et les renvoya sous un c es-corte sure, apres leur avoir fait donnerä chacun six pieces d’or pour leurs be-soins. Le lendemain Edouard entratriomphant dans Calais , dont il chassatous les habitans et qu’il peupla d’An-glais . On pretend que c’est la premiöreattaque de place ou l’on ait employe ducanon.

Cette ville, aussi celebre par le cou-rage et la fidölitö de ses habitans quepar son importance, fut recouvree parHenri II , en 1558. Le cölöbre duc deGuise, qui avait döjä si vaillammer.döfendu Metz en 1552, repritenhuitjours de temps la ville de Calais , quiavait coüte un an ä Edouard III , etque les Anglais avaient possedee pen-dant plus de deux siöcles. Cette pertefut si sensible ä la reine Marie, qu’elleen tomba dangereusement malade.Ilelas! dit-elle, Calais occupe si fortmon cceur, que si Von en fait la dissec-tion apres tna mort, on n’y trouvera qu6cette ville.

En 1596, pendant que Henri IV ötait occupe au siege de la Fere, lesEspagnols attaquerent Calais et la pri-rent: mais les habitans y signalörentencore leur patriotisme. Apres la red-dition de la ville, les bourgeois se reti-rerent, avec la garnison, ä lacitadelle,et s’y defendirent avec tant d’obstina-tion, que les Espagnols furent obligdsde la prendre d’assaut: plus de neufCent soixante bourgeois y pörirent;quelques-uns d’eux se retirerent dans