«04 DE LA DEFENSE
truites dans les intervalles. II n’etaitpas possible d’entrer dans la place,sans passer sous l’artillerie des forts.Plus d’une fois les chefs frangais for-cörent des quartiers de l’armee enne-mie pour introduire des convois. Larigueur de la saison n’interrompit pasles travaux; seulement, le jour deNoel, les Anglais proposerent une Sus-pension d’armes, et priörent les assie-ges de leur envoyer des musiciens pourcölöbrer cette grande föte avec plusde solennitö. Les genöraux se firentdes prösens. Le comte de Suffolck en-voya au bätard d’Orleans des rafrai-chissemens, en öchange d’une robe depanne que ce seigneur lui avait don-nöe. Jusqu’au commencement du ca-röme, il ne se passa rien de remarqua-ble. Les ennemis commengaient ämanquer de vivres, parce qu’ils avaientruinö le pays. Dös les premiers joursde fövrier, le duc de Bedfort fit partirun convoi escortö de deux mille cinqCents horames, sous la conduite dubrave Fastot. Le comte de Clermont,ayant rassemblö pres de trois millesoldats, auxquels sejoignitun döta-chement de la garnison d’Orlöans, re-solut d’enlever le convoi. II atleignitles Anglais ä Rouvray, village de laBeauce. Fastot s’arröta, fit un retran—chement des chariots qui portaient lesmunitions, et ne laissa que deux is—sues, ä l’une desquelles il plaga ses ar-chers. L’armee frangaise, plus coura-geuse que prudente, voulut, dös lanuit möme, forcer ce retranchement.Les Frangais veulent combattre ä che-val, et les Ecossais ä pied. Ce döfautde discipline produit l’etfet qu’on enderait attendre. Aprös un combat opi-niätre, les Anglais sont vainqueurs.Six-vingts seigneurs, des plus distin-guös, restent sur la place, et les autreschefs rentrent dans la ville, ayant ä
peine cinq Cents hommes d’armes. Onnomma ce combat la Journöe des Ha -rengs, parce que le convoi, conduitpar Fastot, consistait principalementen barils remplis de cette espece depoissons.
Autant le succös de cette petite ßa-taille releva l’esperance des Anglais ,autant la defaite des troupes royalesconsterna le faible Charles VII , campepour lors ä Chinon . Desesperant de safortune, le monarque döliböra s’il nedevait point se röfugier dans le Dau-phine. C’ötait son avis; l’on s’y con-forma. Döjä l’on etait pres d’executerune rösolution si honteuse, lorsquedeux höroi'nes reveillerent le couragedu prince assoupi dans les bras de lamollesse. La reine, princesse au-des-sus de son sexe et de son rang, et labelle Agnes Sorel , employerent l’as-cendant que donnaient leurs charmes,pour retenir le roi, qui ne put s’empö-cher de rougir d’avoir mdins de magna-nimite que son öpouse et sa lavorite.
Cependant Orlöans allait incessam-ment se trouver reduite aux demieresextremites. Les assiegös n’osaient plusattendre leur delivrance d’un princehors d’etat de les assister, et qui lui—möme conservait ä peine une ombrede royautö. Il ne restait plus qu’unespoir de sauver la place, c’etait de lamettre en sequestre entre les mainsdu duc de Bourgogne . Les envoyös, aunombre desquels etait Xaintrailles, serendirent d’abord pres du duc, quiagröala proposition, et vint avec euxä Paris , dans le dessein d’engager leduc de Bedfort ä l’accepter. Mais le fierrögent repondit que la ville ne seraitregue ä traiter, qu’aux conditions de sesoumettre aux Anglais . Cette nouvellereveilla l’indignation et le courage desOrleanais . Tous resolurent de se de-fendre jusqu’au dernier soupir.